Hypertrophie bénigne de la prostate : conduite à tenir
Score IPSS, alphabloquant, 5-ARI, tadalafil, chirurgie · Urologie · Sources : AFU 2025
L’essentiel
- Symptômes du bas appareil urinaire de l’homme : vidange (jet faible, poussée, retard), remplissage (pollakiurie, nycturie, urgences), post-mictionnels ; évaluer la gêne avec le score IPSS.
- Bilan de base : interrogatoire, IPSS, toucher rectal, bandelette ou ECBU, créatinine ; PSA si la découverte d’un cancer modifierait la prise en charge ; débitmétrie, résidu et échographie selon le contexte.
- Symptômes légers ou peu gênants : surveillance et conseils d’hygiène de vie (AFU 2025).
- Symptômes modérés à sévères : alphabloquant en première intention (tamsulosine, alfuzosine, silodosine).
- Prostate > 40 mL : inhibiteur de la 5-alpha-réductase (finastéride, dutastéride) seul ou associé à l’alphabloquant ; effet après 6 mois, PSA divisé par 2.
- Tadalafil 5 mg seul ou avec un alphabloquant, surtout en cas de troubles de l’érection ; Serenoa repens (extrait hexanique) pour les symptômes légers à modérés.
- Symptômes de remplissage persistants : antimuscarinique ou agoniste bêta-3 en deuxième intention.
- Chirurgie si échec ou intolérance du traitement médical, ou complication : rétention, infections répétées, calculs vésicaux, hématurie, insuffisance rénale.
Signes d’alerte
- Rétention aiguë d’urine (envie pressante impossible à satisfaire, globe vésical) : urgence (sondage)
- Fièvre avec troubles urinaires : prostatite aiguë (voir fiche infection urinaire de l’homme)
- Hématurie, toucher rectal suspect (nodule dur), PSA élevé : urologue
- Insuffisance rénale, fuites par regorgement, infections urinaires répétées, signes neurologiques
Score IPSS en ligne
Homme avec des troubles urinaires. Répondre pour le dernier mois. Score de 0 à 35.
- 1. Sensation que la vessie n’est pas complètement vidée après avoir uriné : Jamais (0), Environ 1 fois sur 5 (1), Environ 1 fois sur 3 (2), Environ 1 fois sur 2 (3), Environ 2 fois sur 3 (4), Presque toujours (5)
- 2. Besoin d’uriner à nouveau moins de 2 heures après avoir fini d’uriner : Jamais (0), Environ 1 fois sur 5 (1), Environ 1 fois sur 3 (2), Environ 1 fois sur 2 (3), Environ 2 fois sur 3 (4), Presque toujours (5)
- 3. Jet d’urine qui s’arrête puis redémarre plusieurs fois : Jamais (0), Environ 1 fois sur 5 (1), Environ 1 fois sur 3 (2), Environ 1 fois sur 2 (3), Environ 2 fois sur 3 (4), Presque toujours (5)
- 4. Difficulté à se retenir d’uriner : Jamais (0), Environ 1 fois sur 5 (1), Environ 1 fois sur 3 (2), Environ 1 fois sur 2 (3), Environ 2 fois sur 3 (4), Presque toujours (5)
- 5. Jet d’urine faible : Jamais (0), Environ 1 fois sur 5 (1), Environ 1 fois sur 3 (2), Environ 1 fois sur 2 (3), Environ 2 fois sur 3 (4), Presque toujours (5)
- 6. Besoin de pousser ou de forcer pour commencer à uriner : Jamais (0), Environ 1 fois sur 5 (1), Environ 1 fois sur 3 (2), Environ 1 fois sur 2 (3), Environ 2 fois sur 3 (4), Presque toujours (5)
- 7. Nombre de levers pour uriner entre le coucher et le lever : Aucun (0), 1 fois (1), 2 fois (2), 3 fois (3), 4 fois (4), 5 fois ou plus (5)
- 0 à 7 : symptômes légers : Surveillance et conseils d’hygiène de vie si la gêne est faible ; Serenoa repens possible.
- 8 à 19 : symptômes modérés : Traitement médical si la gêne le justifie : alphabloquant en première intention.
- 20 à 35 : symptômes sévères : Traitement médical ; avis urologique si échec, complication ou résidu important.
Bilan des troubles urinaires de l’homme
| Examen | Intérêt |
|---|---|
| Score IPSS (+ question de qualité de vie) | Quantifier les symptômes et suivre le traitement |
| Toucher rectal | Volume, consistance ; rechercher un nodule suspect |
| Bandelette urinaire / ECBU | Infection, hématurie |
| Créatinine | Retentissement sur le haut appareil |
| PSA | Non indispensable ; utile si un cancer associé modifierait la prise en charge |
| Catalogue mictionnel (3 jours) | Nycturie, pollakiurie : polyurie nocturne ? |
| Débitmétrie + résidu post-mictionnel, échographie réno-vésico-prostatique | Objectiver la dysurie, le résidu, le volume prostatique et le retentissement |
- Interrogatoire : symptômes de vidange, de remplissage et post-mictionnels, troubles sexuels associés, médicaments (anticholinergiques, décongestionnants, diurétiques).
- Diagnostics à évoquer : prostatite, sténose de l’urètre, cancer de la prostate ou de la vessie, calcul, vessie neurologique, polyurie (diabète, insuffisance cardiaque, apnées du sommeil).
Traitements (AFU 2025)
| Situation | Traitement |
|---|---|
| Symptômes légers à modérés, peu gênants | Surveillance + conseils d’hygiène de vie |
| Symptômes légers à modérés | Serenoa repens (extrait hexanique) envisageable |
| Symptômes modérés à sévères | Alphabloquant en 1re intention |
| Modérés à sévères + prostate > 40 mL | 5-ARI, ou association alphabloquant + 5-ARI |
| Modérés à sévères, surtout avec troubles de l’érection | Tadalafil seul ou + alphabloquant |
| Symptômes de remplissage prédominants | Antimuscarinique ou agoniste bêta-3 en 2e intention |
| Échec, intolérance, complication | Chirurgie ou technique mini-invasive |
- Conseils d’hygiène de vie recommandés avant ou dès le début du traitement.
- Le bénéfice des 5-ARI nécessite une prise prolongée ; ils réduisent le risque de rétention et de chirurgie.
- Finastéride et dutastéride : mise en garde européenne sur les idées suicidaires (PRAC, mai 2025).
Ordonnances types : hypertrophie bénigne de la prostate
Alphabloquant
- Tamsulosine LP 0,4 mg, gélule : 1 gélule par jour à heure fixe, à la fin du petit-déjeuner, à avaler sans croquer.
Inhibiteur de la 5-alpha-réductase
- Dutastéride 0,5 mg, capsule (ou finastéride 5 mg, comprimé) : 1 par jour, au long cours ; effet évalué après 6 mois.
Association dutastéride + tamsulosine
- Dutastéride 0,5 mg / tamsulosine 0,4 mg, gélule (Combodart) : 1 gélule par jour, 30 minutes après le même repas chaque jour.
Serenoa repens
- Serenoa repens, extrait hexanique 160 mg, gélule (Permixon) : 1 gélule matin et soir, au cours des repas.
Tadalafil
- Tadalafil 5 mg, comprimé : 1 comprimé par jour, à heure fixe.
Conseils au patient : prostate
- Buvez normalement dans la journée mais limitez les boissons 2 heures avant le coucher.
- Limitez le café, le thé et l’alcool, qui augmentent l’envie d’uriner.
- Prenez le temps d’uriner complètement, éventuellement en vous rasseyant ou en recommençant après quelques instants.
- Évitez la constipation et pratiquez une activité physique régulière.
- Signalez vos traitements : certains médicaments (contre le rhume, les allergies, certains antidépresseurs) peuvent bloquer les urines.
- Consultez en urgence si vous ne pouvez plus uriner, si vous avez de la fièvre ou du sang dans les urines.
Questions fréquentes sur l’hypertrophie de la prostate
Qu’est-ce que le score IPSS ?
Un questionnaire de 7 questions sur les symptômes urinaires du dernier mois, noté de 0 à 35 : 0 à 7 = symptômes légers, 8 à 19 = modérés, 20 à 35 = sévères. Il sert à décider d’un traitement et à suivre son efficacité.
Quel est le traitement de première intention de l’hypertrophie de la prostate ?
Pour des symptômes modérés à sévères, un alphabloquant (tamsulosine, alfuzosine, silodosine), selon l’Association française d’urologie (2025). Pour des symptômes légers et peu gênants, une simple surveillance avec des conseils d’hygiène de vie suffit.
Le finastéride ou le dutastéride sont-ils dangereux ?
Ils peuvent diminuer la libido et provoquer des troubles de l’érection ou de l’éjaculation. En 2025, l’Agence européenne a confirmé un risque d’idées suicidaires : en cas de changement d’humeur ou de pensées sombres, il faut arrêter le traitement et consulter.
Pourquoi le PSA baisse-t-il sous finastéride ou dutastéride ?
Ces médicaments réduisent le PSA d’environ 50 % au bout de quelques mois. Pour interpréter un dosage sous traitement, on multiplie la valeur par 2.
L’hypertrophie bénigne de la prostate peut-elle devenir un cancer ?
Non, l’hypertrophie bénigne n’évolue pas en cancer, mais les deux peuvent coexister chez l’homme âgé. Un toucher rectal suspect ou un PSA élevé justifie un avis urologique.
Quand faut-il opérer la prostate ?
Quand le traitement médical ne suffit pas ou est mal toléré, ou en cas de complication : rétention d’urine, infections répétées, calculs dans la vessie, saignements, retentissement sur les reins.
Le Permixon (Serenoa repens) est-il efficace ?
L’Association française d’urologie (2025) indique que l’extrait hexanique de Serenoa repens peut être envisagé pour des symptômes légers à modérés.
Se lever la nuit pour uriner, est-ce forcément la prostate ?
Non : la nycturie peut venir d’une production excessive d’urine la nuit (boissons du soir, insuffisance cardiaque, apnées du sommeil, diabète). Un catalogue mictionnel sur 3 jours aide à faire la différence.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : hypertrophie bénigne de la prostate
- Ordonnance type : prostatite aiguë bactérienne
- Conduite à tenir : infection urinaire de l’homme
- Conduite à tenir : insomnie
Sources et recommandations
- AFU · CTMH — Non-interventional and medical management of lower urinary tract symptoms related to benign prostatic hyperplasia in men (Fr J Urol 2025;35:102952) (Novembre 2025)
- Faculté de médecine de Strasbourg — Bilan diagnostic de l’hypertrophie bénigne de prostate (Dr P. Werlé) (2022)
- ANSM — Retour d’information sur le PRAC de mai 2025 : finastéride, dutastéride et idées suicidaires (Mai 2025)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP de tamsulosine, alfuzosine, silodosine, finastéride, dutastéride, Combodart, Permixon, Cialis (Consulté en octobre 2026)