Infection urinaire de l’homme : conduite à tenir
Cystite, prostatite, pyélonéphrite, orchi-épididymite · Urologie, Infectiologie · Sources : SPILF, recommandations juin 2026
L’essentiel
- Depuis 2026, la cystite de l’homme est une entité à part : signes urinaires sans fièvre, traitement de 7 jours (fosfomycine : 3 doses).
- Bandelette urinaire non recommandée chez l’homme ; ECBU avant tout antibiotique.
- Prostatite aiguë (cystite + fièvre) : ceftriaxone ou fluoroquinolone, relais par cotrimoxazole en 1er choix, 14 jours.
- Pyélonéphrite : mêmes molécules au départ, relais par amoxicilline en 1er choix, 7 ou 10 jours ; scanner injecté dans les 48–72 h.
- Pas de PSA, ni pour le diagnostic ni pour le suivi ; toucher rectal seulement en cas de doute entre cystite et prostatite.
- Orientation vers l’hôpital : sepsis, score de risque de sepsis ≥ 3, obstacle urinaire, prise orale impossible, déclin fonctionnel, douleur non contrôlée.
- Ne pas rechercher ni traiter une colonisation ; bilan urologique dès le 1er épisode (échographie avec résidu post-mictionnel, score IPSS).
Sepsis ou choc septique : hospitalisation
- Sepsis : infection avec dysfonction d’organe (hypotension, confusion, polypnée, désaturation, oligurie…)
- Choc septique : défaillance hémodynamique nécessitant un vasopresseur, lactates > 2 mmol/L
- Rétention aiguë d’urine ou obstacle : drainage des urines en urgence
Diagnostic de l’infection urinaire de l’homme
| Forme | Signes | Examens |
|---|---|---|
| Cystite | Brûlures urétrales, pollakiurie, urgenturie, dysurie, nycturie, douleur hypogastrique, hématurie possible, sans fièvre | ECBU seul |
| Prostatite aiguë | Signes de cystite + fièvre ou signes systémiques | ECBU ; toucher rectal seulement si doute avec une cystite |
| Pyélonéphrite aiguë | Douleur lombaire spontanée ou à l’ébranlement + fièvre, ± cystite | ECBU ; scanner injecté dans les 48–72 h |
| Orchi-épididymite | Tuméfaction douloureuse de l’épididyme ou du testicule ; fièvre, signes de cystite ou écoulement possibles | ECBU, PCR IST ; éliminer une torsion |
Bandelette et ECBU
- Bandelette urinaire : non recommandée dans la stratégie diagnostique chez l’homme.
- ECBU recommandé pour toute infection urinaire, avant l’antibiotique. Seuils : leucocyturie ≥ 30 × 10³/mL et bactériurie monomicrobienne ≥ 10³ UFC/mL ; la clinique prime sur les seuils.
- ECBU non recommandé : rétention aiguë d’urine isolée ; signes généraux non spécifiques du sujet âgé sans signe urinaire ; après un traitement ayant conduit à la guérison clinique.
Colonisation et bactériurie
- Colonisation : bactéries à l’ECBU sans symptôme. Ni recherche ni traitement, sauf avant certains gestes urologiques.
- Bactériurie de signification indéterminée : bactériurie avec signes généraux non spécifiques, sans signe de cystite ; sans sepsis, surveillance clinique sans antibiotique.
Biologie et imagerie
- PSA : non recommandé (ni diagnostic, ni décision de traitement, ni suivi).
- En ambulatoire : pas de CRP ni d’hémocultures ; créatinine seulement si risque d’insuffisance rénale aiguë (insuffisance rénale chronique, antécédents urologiques, déshydratation, diurétiques, IEC, AINS…).
- Prostatite : imagerie seulement si sepsis (scanner), doute sur une rétention (bladder scanner), ou mauvaise évolution à 72 h (recherche d’abcès).
- Pyélonéphrite : scanner abdomino-pelvien injecté systématique dans les 48–72 h, en urgence si sepsis, douleur non contrôlée, obstacle suspecté, matériel endo-urétéral ou insuffisance rénale aiguë.
Bilan urologique dès le 1er épisode
- Rechercher une hématurie ou des symptômes du bas appareil urinaire ; score IPSS ; calendrier mictionnel si symptômes.
- Toucher rectal à distance de l’infection ; échographie des voies urinaires avec résidu post-mictionnel.
- PSA non systématique ; s’il est indiqué, au moins 3 mois après l’infection.
- Consultation d’urologie si : pyélonéphrite, rétention aiguë d’urine, hématurie macroscopique, IPSS > 7, induration au toucher rectal, résidu > 100 mL ou anomalie à l’imagerie.
Traitement de l’infection urinaire de l’homme
Cystite
Bonne tolérance ou diagnostic douteux : attendre l’ECBU. Sinon, traitement oral probabiliste :
| Antibiotique (ordre alphabétique) | Posologie |
|---|---|
| Fosfomycine-trométamol | 3 g à J1, J3 et J5 |
| Nitrofurantoïne | 100 mg 3 fois par jour |
| Pivmécillinam | 400 mg 2 fois par jour |
Après l’antibiogramme : poursuite si sensible, sinon amoxicilline 1 g × 3/j, fosfomycine-trométamol, nitrofurantoïne, pivmécillinam ou triméthoprime 300 mg/j. Durée : 7 jours (fosfomycine : 3 doses).
Prostatite
| Situation | Traitement initial |
|---|---|
| Hôpital, sans gravité | Céfotaxime IV 3 g/j ou ceftriaxone IV 1 g/j |
| Ambulatoire | Ceftriaxone 1 g/j (IV, IM, SC), ou ciprofloxacine 500 mg × 2/j ou lévofloxacine 500 mg/j |
| Sepsis | Céfotaxime IV 6 g/j ou ceftriaxone IV 2 g/j + amikacine 30 mg/kg dose unique |
| Relais oral (ordre de préférence) | Posologie |
|---|---|
| 1. Cotrimoxazole | 800/160 mg 2 fois par jour |
| 2. Ciprofloxacine, lévofloxacine ou ofloxacine | 500 mg × 2, 500 mg × 1 ou 200 mg × 2 par jour |
| Si résistance ou CI (après apyrexie) | Fosfomycine-trométamol 3 g/j, amoxicilline 1 g × 3/j, amoxicilline-acide clavulanique 1 g × 3/j |
Durée : 14 jours.
Pyélonéphrite
Traitement initial identique à la prostatite.
| Relais oral (ordre de préférence) | Posologie |
|---|---|
| 1. Amoxicilline | 1 g 3 fois par jour |
| 2. Cotrimoxazole | 800/160 mg 2 fois par jour |
| 3. Amoxicilline-acide clavulanique | 1 g 3 fois par jour |
| 4. Ciprofloxacine, lévofloxacine ou ofloxacine | 500 mg × 2, 500 mg × 1 ou 200 mg × 2 par jour |
| 5. Céfixime | 200 mg 2 fois par jour |
Durée : 7 jours si bêta-lactamine parentérale, fluoroquinolone ou cotrimoxazole ; 10 jours avec un autre antibiotique.
Orchi-épididymite
- Initial : ceftriaxone 1 g/j, ou ciprofloxacine 500 mg × 2/j ou lévofloxacine 500 mg/j (pas de fluoroquinolone dans les 6 mois).
- Relais : cotrimoxazole, fluoroquinolone ; si résistance ou CI (après apyrexie) : amoxicilline, amoxicilline-acide clavulanique.
- Durée : 10 jours. Traitement d’une IST associée selon ses propres recommandations.
- Sans sepsis, sans fluoroquinolone dans les 6 mois : ciprofloxacine 500 mg × 2/j ou lévofloxacine 500 mg/j.
- Contre-indication aux fluoroquinolones : amikacine 30 mg/kg dose unique et avis spécialisé.
- Sepsis ou choc : fluoroquinolone IV + amikacine et avis spécialisé.
- Relais : cotrimoxazole, fluoroquinolone, fosfomycine-trométamol 3 g/j (prostatite uniquement).
| Forme | Durée totale |
|---|---|
| Cystite | 7 jours (fosfomycine : 3 doses) |
| Prostatite aiguë | 14 jours |
| Pyélonéphrite aiguë | 7 jours (bêta-lactamine parentérale, fluoroquinolone, cotrimoxazole) ou 10 jours |
| Orchi-épididymite | 10 jours |
Ordonnances types pour l’infection urinaire de l’homme
ECBU avant traitement
- Examen cytobactériologique des urines (ECBU) avec antibiogramme : Avant tout traitement antibiotique.
Pyélonéphrite : ECBU et scanner
- Examen cytobactériologique des urines (ECBU) avec antibiogramme : Avant tout traitement antibiotique.
- Scanner abdomino-pelvien avec injection : Dans les 48 à 72 heures (en urgence si douleur non contrôlée, suspicion d’obstacle ou insuffisance rénale aiguë).
Orchi-épididymite : ECBU et IST
- Examen cytobactériologique des urines (ECBU) avec antibiogramme : Avant tout traitement antibiotique.
- PCR Chlamydia trachomatis et Neisseria gonorrhoeae sur le 1er jet d’urine
Bilan urologique (dès le 1er épisode)
- Échographie des voies urinaires avec mesure du résidu post-mictionnel : À distance de l’épisode infectieux.
Cystite : fosfomycine J1, J3, J5
- Fosfomycine-trométamol 3 g, granulés pour solution buvable en sachet : 1 sachet à J1, J3 et J5 (3 sachets au total), à distance des repas, le soir après avoir uriné.
Cystite : nitrofurantoïne 7 jours
- Nitrofurantoïne 50 mg, gélule : 2 gélules 3 fois par jour pendant 7 jours, au cours des repas.
Cystite : pivmécillinam 7 jours
- Pivmécillinam 200 mg, comprimé : 2 comprimés matin et soir pendant 7 jours, au cours du repas, avec un grand verre d’eau.
Cystite (selon l’antibiogramme) : amoxicilline 7 jours
- Amoxicilline 1 g, comprimé : 1 comprimé 3 fois par jour pendant 7 jours.
Cystite (selon l’antibiogramme) : triméthoprime 7 jours
- Triméthoprime 300 mg, comprimé : 1 comprimé par jour pendant 7 jours.
Ciprofloxacine (pas de fluoroquinolone dans les 6 mois)
- Ciprofloxacine 500 mg, comprimé : 1 comprimé matin et soir, jusqu’au relais adapté à l’antibiogramme.
- Paracétamol 1 g, comprimé : 1 comprimé jusqu’à 3 fois par jour si fièvre ou douleur, en respectant au moins 6 heures entre deux prises.
Lévofloxacine (pas de fluoroquinolone dans les 6 mois)
- Lévofloxacine 500 mg, comprimé : 1 comprimé par jour, jusqu’au relais adapté à l’antibiogramme.
- Paracétamol 1 g, comprimé : 1 comprimé jusqu’à 3 fois par jour si fièvre ou douleur, en respectant au moins 6 heures entre deux prises.
Ceftriaxone
- Ceftriaxone 1 g, poudre et solvant pour solution injectable : 1 injection par jour (IV, IM ou SC), jusqu’au relais oral adapté à l’antibiogramme.
- Soins infirmiers à domicile : Injection quotidienne de ceftriaxone, y compris dimanches et jours fériés.
- Paracétamol 1 g, comprimé : 1 comprimé jusqu’à 3 fois par jour si fièvre ou douleur, en respectant au moins 6 heures entre deux prises.
Prostatite : relais cotrimoxazole (1er choix), 14 jours au total
- Sulfaméthoxazole-triméthoprime 800 mg/160 mg, comprimé : 1 comprimé matin et soir, pour une durée totale de traitement de 14 jours.
Prostatite : relais fosfomycine (si résistance ou CI)
- Fosfomycine-trométamol 3 g, granulés pour solution buvable en sachet : 1 sachet par jour, après retour à l’apyrexie, pour une durée totale de traitement de 14 jours.
Pyélonéphrite : relais amoxicilline (1er choix), 10 jours au total
- Amoxicilline 1 g, comprimé : 1 comprimé 3 fois par jour, pour une durée totale de traitement de 10 jours.
Pyélonéphrite : relais cotrimoxazole, 7 jours au total
- Sulfaméthoxazole-triméthoprime 800 mg/160 mg, comprimé : 1 comprimé matin et soir, pour une durée totale de traitement de 7 jours.
Calculateur du score de risque de sepsis
Prostatite ou pyélonéphrite de l’homme sans sepsis : 1 point par critère
- Âge > 65 ans (+1)
- Température > 38 °C (+1)
- Pression artérielle systolique ≤ 110 mmHg (+1)
- Fréquence cardiaque > 110/min (+1)
- SpO2 ≤ 95 % (+1)
- Troubles récents des fonctions supérieures (+1)
- Score < 3 : Prise en charge ambulatoire possible en l’absence d’autre critère d’orientation vers l’hôpital.
- Score ≥ 3 : orientation vers l’hôpital : Environ 40 % de risque de progression vers un sepsis.
Conseils au patient
- Faire l’ECBU avant de commencer l’antibiotique.
- Prendre l’antibiotique jusqu’au bout : 7 jours pour une cystite, 14 jours pour une prostatite, même si vous allez mieux.
- Boire régulièrement ; paracétamol contre la fièvre et la douleur.
- Consulter en urgence en cas d’impossibilité d’uriner, de fièvre élevée avec frissons, de malaise, de confusion ou de vomissements empêchant de prendre le traitement.
- Reconsulter si la fièvre persiste après 72 heures de traitement.
- Sous fluoroquinolone : arrêter et consulter en cas de douleur d’un tendon ; éviter le soleil.
- Un bilan urologique (échographie) est prévu à distance, même après une seule infection.
Questions fréquentes sur l’infection urinaire de l’homme
Une infection urinaire chez l’homme est-elle toujours une prostatite ?
Non. Depuis les recommandations SPILF 2026, la cystite de l’homme est reconnue : signes urinaires sans fièvre ni signe systémique. Elle se traite 7 jours. La prostatite associe des signes de cystite et de la fièvre ou des signes systémiques, et se traite 14 jours.
Faut-il faire une bandelette urinaire chez l’homme ?
Non, la bandelette n’est plus recommandée dans la stratégie diagnostique chez l’homme. Un ECBU est recommandé pour toute infection urinaire, avant de débuter l’antibiotique.
Quel antibiotique pour une cystite chez l’homme ?
Si la tolérance est bonne, on attend l’ECBU. Sinon, traitement probabiliste par fosfomycine-trométamol (3 g à J1, J3 et J5), nitrofurantoïne (100 mg 3 fois par jour) ou pivmécillinam (400 mg 2 fois par jour), adapté ensuite à l’antibiogramme. Durée : 7 jours.
Quel antibiotique pour une prostatite aiguë ?
En ambulatoire : ceftriaxone 1 g par jour, ou ciprofloxacine ou lévofloxacine en l’absence de fluoroquinolone dans les 6 mois. Relais selon l’antibiogramme, en 1er choix par cotrimoxazole, puis par fluoroquinolone. Durée totale : 14 jours.
Faut-il doser le PSA en cas d’infection urinaire ?
Non : le PSA n’est recommandé ni pour le diagnostic de prostatite, ni pour décider du traitement, ni pour le suivi. S’il est indiqué pour une autre raison, il se dose au moins 3 mois après l’infection.
Faut-il faire un toucher rectal ?
Pendant l’infection, uniquement en cas de doute entre cystite et prostatite. Un toucher rectal est en revanche recommandé à distance, dans le bilan urologique.
Quand hospitaliser un homme pour une infection urinaire fébrile ?
En cas de sepsis ou de choc, de score de risque de sepsis ≥ 3 (âge > 65 ans, température > 38 °C, PAS ≤ 110 mmHg, FC > 110/min, SpO2 ≤ 95 %, troubles récents des fonctions supérieures), d’obstacle urinaire, de prise orale impossible, de déclin fonctionnel, de décompensation d’une maladie ou de douleur non contrôlée.
Quel bilan après une infection urinaire chez l’homme ?
Dès le 1er épisode : recherche de symptômes urinaires et d’hématurie, score IPSS, toucher rectal à distance et échographie des voies urinaires avec mesure du résidu post-mictionnel. Consultation d’urologie selon les résultats et après toute pyélonéphrite.
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Sources et recommandations
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- SPILF — Info-antibio n°109 : infections urinaires masculines, antibiothérapie (Juin 2026)
- SPILF — Recommandations sur les infections urinaires masculines : publication de référence (texte intégral en anglais) (2026)