Conjonctivite : conduite à tenir
Bactérienne, virale ou allergique : quand traiter · Ophtalmologie, Pédiatrie · Sources : SFO 2024, Afssaps 2004
L’essentiel
- Un œil rouge avec baisse de vision n’est pas une conjonctivite jusqu’à preuve du contraire : douleur, baisse d’acuité, photophobie → avis ophtalmologique urgent.
- La plupart des conjonctivites sont virales ; seule la moitié des conjonctivites purulentes sont bactériennes, et au moins 60 % guérissent sans traitement.
- Tous les cas : lavages au sérum physiologique 4 à 6 fois par jour, hygiène des mains, ne pas se frotter les yeux.
- Bactérienne simple : lavage, éventuellement collyre antiseptique ; pas d’antibiotique systématique.
- Antibiotique local si forme purulente gênante ou facteur de risque (lentilles, immunodépression, diabète déséquilibré, chirurgie oculaire, corticoïdes locaux) : azithromycine 3 jours, rifamycine, acide fusidique ou tobramycine ; fluoroquinolones réservées aux formes sévères.
- Lentilles de contact : arrêter le port ; risque de bacille Gram négatif et de kératite.
- Virale : traitement symptomatique, très contagieuse jusqu’à 3 semaines ; pas de corticoïde (prolonge la maladie et la contagiosité).
- Allergique : démangeaisons, larmoiement, rhinite ; éviction de l’allergène, collyre antiallergique (cromoglicate, kétotifène, azélastine).
Œil rouge non banal : avis ophtalmologique urgent
- Baisse de l’acuité visuelle, douleur oculaire intense, photophobie importante
- Atteinte de la cornée (opacité, ulcère), pupille anormale, rougeur autour de la cornée
- Traumatisme, corps étranger, projection chimique ; porteur de lentilles avec douleur
- Nouveau-né ; herpès ou zona de la face ; conjonctivite très purulente d’apparition brutale (gonocoque)
Conjonctivite bactérienne, virale ou allergique ?
| Bactérienne | Virale | Allergique | |
|---|---|---|---|
| Sécrétions | Purulentes, paupières collées | Claires, aqueuses | Claires, larmoiement |
| Démangeaisons | Peu | Possibles | Au premier plan |
| Sensation de corps étranger | Rare | Fréquente | Possible |
| Signes associés | Otite (Haemophilus, enfant) | Ganglion devant l’oreille, rhume, cas dans l’entourage | Rhinite, saisonnière, récidivante |
| Cornée | Rarement atteinte (sauf gonocoque) | Souvent atteinte (adénovirus) | Épargnée sauf formes sévères |
- Aucun signe n’est formel : le diagnostic est clinique, sans prélèvement dans les formes simples.
- Prélèvement réservé aux formes hyperaiguës, au nouveau-né, aux terrains à risque et aux échecs.
- Une conjonctivite qui démange et récidive n’est pas évocatrice d’une cause bactérienne.
- Penser aux faux yeux rouges : obstruction des voies lacrymales chez le nourrisson, corps étranger, sécheresse oculaire.
Traitement de la conjonctivite
| Collyre | Posologie (RCP) | Remarques |
|---|---|---|
| Azithromycine 15 mg/g unidose | 1 goutte × 2/j, 3 jours | Dès la naissance ; grossesse |
| Rifamycine | 1 à 2 gouttes × 4 à 6/j, 7 jours | Tache ; colore les lentilles souples |
| Acide fusidique 1 % gel | 1 goutte × 2/j | Pratique chez l’enfant ; pas actif sur Haemophilus |
| Tobramycine 0,3 % | 1 goutte × 3 à 8/j, 5 à 15 jours | Dès 1 an ; actif sur les Gram négatif |
| Ofloxacine, ciprofloxacine | Selon RCP | Conjonctivites sévères uniquement |
| Picloxydine (antiseptique) | 1 goutte × 2 à 6/j | Appoint des formes simples |
- Antibiotique seulement en cas de facteur de risque ou de forme purulente gênante (Afssaps 2004, toujours d’actualité) ; il raccourcit les symptômes sans changer la guérison.
- Préférer une monothérapie ; durée de 8 jours pour les collyres classiques.
- Pas de collyre corticoïde en médecine générale (kératite herpétique méconnue, prolongation des conjonctivites virales).
- Collectivités : la conjonctivite n’est pas un motif d’éviction de la crèche ni de l’école ; la SFO conseille un arrêt de travail ou une éviction dans la kératoconjonctivite épidémique à adénovirus, très contagieuse.
Ordonnances types pour la conjonctivite
Lavage oculaire
- Chlorure de sodium 0,9 %, solution pour lavage ophtalmique en récipient unidose : Lavage de l’œil atteint 4 à 6 fois par jour, et avant chaque collyre, en allant de l’angle interne vers l’extérieur, une unidose par œil.
Collyre antiseptique
- Picloxydine 0,05 % (Vitabact), collyre : 1 goutte 2 à 6 fois par jour dans l’œil atteint, après le lavage, pendant la durée des symptômes.
Larmes artificielles
- Larmes artificielles (substitut lacrymal), collyre en récipient unidose : 1 goutte 4 à 6 fois par jour dans chaque œil, conservée au réfrigérateur pour plus de confort.
Azithromycine collyre (3 jours)
- Azithromycine 15 mg/g, collyre en récipient unidose : 1 goutte dans l’œil atteint matin et soir pendant 3 jours.
Rifamycine collyre
- Rifamycine 1 000 000 UI pour 100 ml, collyre : 1 à 2 gouttes 4 à 6 fois par jour selon la gravité, pendant 7 jours.
Tobramycine collyre
- Tobramycine 0,3 %, collyre : 1 goutte 4 à 6 fois par jour dans l’œil atteint pendant 8 jours.
Ofloxacine collyre (forme sévère)
- Ofloxacine 0,3 %, collyre : 2 gouttes 4 fois par jour dans l’œil atteint pendant 8 jours.
Cromoglicate collyre
- Cromoglicate de sodium 2 %, collyre sans conservateur : 1 goutte 2 à 6 fois par jour dans chaque œil selon les symptômes, pendant la période d’exposition.
Kétotifène collyre
- Kétotifène 0,25 mg/ml, collyre : 1 goutte matin et soir dans chaque œil, pendant la période d’exposition.
Conseils au patient : conjonctivite
- Lavez-vous les mains avant et après avoir touché vos yeux ou mis un collyre.
- Nettoyez l’œil au sérum physiologique, une unidose par œil, de l’intérieur vers l’extérieur.
- Ne vous frottez pas les yeux ; utilisez un linge de toilette et des mouchoirs personnels, jetables si possible.
- Ne portez pas de lentilles pendant la conjonctivite ; ne partagez ni maquillage ni collyre.
- Attendez 15 minutes entre deux collyres différents ; jetez le flacon ouvert à la fin du traitement.
- Consultez rapidement en cas de douleur, de baisse de la vue, de gêne à la lumière ou si l’œil ne s’améliore pas en quelques jours.
Questions fréquentes sur la conjonctivite
Comment savoir si une conjonctivite est bactérienne ou virale ?
La conjonctivite bactérienne donne des sécrétions purulentes et des paupières collées au réveil ; la virale, des sécrétions claires, une sensation de sable, souvent un ganglion devant l’oreille et un contexte de rhume. Aucun signe n’est formel et la plupart des conjonctivites sont virales.
Faut-il un collyre antibiotique pour une conjonctivite ?
Pas systématiquement. Une conjonctivite bactérienne simple guérit le plus souvent avec des lavages au sérum physiologique. L’antibiotique local est réservé aux formes purulentes gênantes et aux personnes à risque (lentilles, immunodépression, diabète déséquilibré, chirurgie de l’œil).
Combien de temps est contagieuse une conjonctivite virale ?
La conjonctivite à adénovirus est très contagieuse, jusqu’à environ 3 semaines après le début des signes. Le lavage des mains et l’usage d’objets personnels sont essentiels.
Un enfant avec une conjonctivite peut-il aller à la crèche ou à l’école ?
Oui : la conjonctivite, virale ou bactérienne, n’est pas un motif d’éviction de la crèche ni de l’école. Les mesures d’hygiène (mains, mouchoirs, linge) limitent la contagion.
Quand consulter un ophtalmologiste en urgence pour un œil rouge ?
En cas de baisse de la vision, de douleur intense, de gêne importante à la lumière, de traumatisme ou de projection, chez un porteur de lentilles qui a mal, chez un nouveau-né, ou en présence d’un herpès ou d’un zona du visage.
Que faire avec des lentilles de contact en cas de conjonctivite ?
Arrêter de porter les lentilles sur les deux yeux jusqu’à la guérison, garder lentilles et étui (utiles en cas de complication) et consulter : le risque de kératite est plus élevé et le traitement doit couvrir les bacilles Gram négatif.
Quel collyre pour une conjonctivite allergique ?
Un collyre antiallergique : cromoglicate de sodium, ou antihistaminique comme le kétotifène, l’azélastine ou la lévocabastine, de préférence sans conservateur, associé à l’éviction de l’allergène et à des lavages au sérum physiologique froid.
Peut-on utiliser un collyre aux corticoïdes pour une conjonctivite ?
Non, pas sans avis ophtalmologique : les corticoïdes locaux prolongent les conjonctivites virales et peuvent aggraver gravement une kératite herpétique méconnue.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : conjonctivite bactérienne
- Ordonnance type : conjonctivite du porteur de lentilles
- Ordonnance type : conjonctivite virale
- Ordonnance type : conjonctivite allergique
- Conduite à tenir : rhinopharyngite
Sources et recommandations
- SFO — Rapport « Infections en ophtalmologie » : chapitre 19, conjonctivites bactériennes aiguës (C. Creuzot-Garcher) (2024)
- SFO — Rapport « Infections en ophtalmologie » : chapitre 20, conjonctivites virales (A. Rousseau, M. Labetoulle et al.) (2024)
- HAS — Commission de la transparence : stratégie thérapeutique des conjonctivites bactériennes (recommandations Afssaps 2004 toujours d’actualité) (Novembre 2016)
- Antibio’Malin — Conjonctivite : comment la soigner avec ou sans antibiotiques (sante.fr) (2026)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP des collyres antibiotiques, antiseptiques et antiallergiques (Consulté en octobre 2026)