Hémorroïdes : conduite à tenir
Crise, thrombose, quand adresser au proctologue · Gastro-entérologie, Proctologie · Sources : ESCP 2020, SNFCP
L’essentiel
- Symptômes : saignement rouge en fin de selle (sang qui éclabousse la cuvette), prolapsus, gêne, prurit ; la douleur intense évoque une thrombose.
- Examen proctologique systématique (inspection, toucher, anuscopie si possible) : les symptômes sont banals, il faut éliminer fissure, cancer de l’anus ou du rectum, MICI, IST.
- Des rectorragies ne doivent pas faire oublier le cancer colorectal : coloscopie selon l’âge, les antécédents et les signes associés.
- Traitement médical en première intention : fibres et eau, activité physique, éviter les efforts de poussée, laxatifs si besoin ; topiques et veinotoniques en cure courte.
- Thrombose hémorroïdaire externe : AINS (très efficaces), topique avec corticoïde, laxatif doux ; incision ou excision possible si thrombose hyperalgique, non œdémateuse et limitée.
- Échec du traitement médical : proctologue (photocoagulation, ligature élastique, chirurgie selon le grade).
- Grossesse et post-partum : traitement médical (laxatifs, topiques, veinotoniques en cure courte, antalgiques) ; pas d’AINS au 3e trimestre.
- Pas de risque thromboembolique lié à une thrombose hémorroïdaire.
Explorer ou adresser
- Rectorragies avec anémie, perte de poids, modification récente du transit, âge de plus de 50 ans ou antécédent familial de cancer colorectal
- Sang mélangé aux selles, glaires, diarrhée : MICI, cancer
- Fièvre et douleur anale lancinante : abcès de la marge anale (urgence)
- Douleur pendant et après la selle, en coup de poignard : fissure anale
Reconnaître une maladie hémorroïdaire
| Grade (Goligher) | Prolapsus des hémorroïdes internes | Traitement de l’échec du traitement médical |
|---|---|---|
| I | Visible seulement à l’anuscopie | Photocoagulation infrarouge |
| II | À l’effort de défécation, rentre seul | Ligature élastique |
| III | Doit être réintégré à la main | Ligature (localisé) ou chirurgie (circulaire) |
| IV | Permanent, non réductible | Chirurgie |
- Hémorroïdes internes : saignements rouges en fin de selle, prolapsus, pesanteur, prurit, suintement.
- Thrombose : douleur intense et permanente ; externe = boule bleutée, dure, douloureuse au bord de l’anus, parfois très œdémateuse ; interne = petite masse « en grain de plomb » au toucher.
- Rechercher un trouble du transit (constipation surtout) et les antécédents personnels ou familiaux de cancer colorectal et de MICI.
- Diagnostics à éliminer : fissure anale, cancer colorectal ou de l’anus, MICI, IST, abcès.
Traitement des hémorroïdes
| Traitement | Place (ESCP 2020, SNFCP) |
|---|---|
| Fibres, eau, activité physique, éviter de pousser | Toujours (avis d’experts) |
| Laxatifs | Diminuent les saignements (faible niveau de preuve) |
| Veinotoniques (diosmine…) en cure courte | Peuvent améliorer les symptômes (faible niveau de preuve) |
| Topiques (anesthésique, corticoïde) | Corticoïde si œdème, anesthésique si douleur (avis d’experts) |
| AINS, antalgiques non opioïdes | Douleur, surtout thrombose |
| Photocoagulation, ligature élastique | Échec du traitement médical, grades I à III non circulaires |
| Chirurgie | Grade III circulaire, grade IV, échecs |
- Les suppositoires laxatifs et lavements sont déconseillés pendant une crise aiguë.
- Aucune donnée ne permet de préférer un topique à un autre ; il n’existe pas de traitement préventif des crises de thrombose externe.
- Veinotoniques : des colites lymphocytaires ont été rapportées ; cures courtes.
Ordonnances types pour les hémorroïdes
Crise hémorroïdaire
- Diosmine 600 mg, comprimé : 1 comprimé 3 fois par jour pendant 4 jours, puis 1 comprimé 2 fois par jour pendant 3 jours, au cours des repas.
- Crème rectale anti-hémorroïdaire (ex. : Titanoréine, crème) : 1 application matin et soir et après chaque selle, sans dépasser 4 applications par jour, pendant 7 jours au maximum.
- Paracétamol 1 g, comprimé : 1 comprimé jusqu’à 3 fois par jour si douleur, en respectant 6 heures entre les prises.
Thrombose hémorroïdaire externe
- Ibuprofène 400 mg, comprimé : 1 comprimé 3 fois par jour au cours des repas pendant 5 jours au maximum.
- Pommade rectale associant un corticoïde et un anesthésique local (ex. : Ultraproct) : 3 à 4 applications le premier jour, puis 1 à 2 applications par jour en couche mince, pendant quelques jours.
- Macrogol 4000, 10 g, sachet : 1 sachet par jour le matin pour obtenir des selles molles, pendant la crise.
Crise hémorroïdaire pendant la grossesse
- Crème rectale anti-hémorroïdaire (ex. : Titanoréine, crème) : 1 application matin et soir et après chaque selle, sans dépasser 4 par jour, pendant 7 jours au maximum.
- Paracétamol 1 g, comprimé : 1 comprimé jusqu’à 3 fois par jour si douleur.
- Macrogol 4000, 10 g, sachet : 1 sachet par jour le matin, à adapter pour obtenir des selles molles.
Régulation du transit
- Psyllium (ispaghule), poudre en sachet : 1 sachet 1 à 3 fois par jour dans un grand verre d’eau, en augmentant progressivement, au long cours.
Conseils au patient : hémorroïdes
- Mangez des fibres et buvez suffisamment pour avoir des selles molles.
- Allez aux toilettes dès que le besoin se fait sentir, pieds surélevés, sans pousser et sans rester longtemps.
- Après la selle, nettoyez à l’eau tiède et séchez en tamponnant.
- Un saignement doit toujours être montré à un médecin, même si vous connaissez vos hémorroïdes.
- Consultez en urgence en cas de fièvre avec douleur anale, ou de saignement abondant.
Questions fréquentes sur les hémorroïdes
Comment soigner une crise d’hémorroïdes ?
Par un traitement médical : régularisation du transit (fibres, eau, laxatif doux), crème ou suppositoire anti-hémorroïdaire, veinotonique en cure courte et antalgique. Les anti-inflammatoires soulagent bien la douleur d’une thrombose.
Les hémorroïdes peuvent-elles cacher un cancer ?
Les saignements hémorroïdaires sont fréquents, mais un examen proctologique est nécessaire, et une coloscopie en cas d’anémie, de perte de poids, de modification du transit, après 50 ans ou en cas d’antécédent familial de cancer colorectal.
Qu’est-ce qu’une thrombose hémorroïdaire ?
C’est la formation d’un caillot dans une hémorroïde, qui donne une boule bleutée, dure et très douloureuse au bord de l’anus. Elle se traite par anti-inflammatoires et pommade, parfois par une petite incision ; elle ne présente pas de risque d’embolie.
Les veinotoniques (Daflon, diosmine) sont-ils efficaces ?
Ils peuvent améliorer les symptômes de la crise, avec un faible niveau de preuve ; ils se prennent en cure courte, par exemple 3 comprimés par jour pendant 4 jours puis 2 par jour pendant 3 jours pour la diosmine 600 mg.
Quand faut-il voir un proctologue ?
En cas d’échec du traitement médical, de prolapsus à réintégrer ou permanent, de crises répétées, ou pour une thrombose très douloureuse pouvant relever d’une incision.
Que faire contre les hémorroïdes pendant la grossesse ?
Un traitement médical : laxatifs doux, crème, veinotonique en cure courte et paracétamol. Les anti-inflammatoires sont contre-indiqués à partir de 24 semaines d’aménorrhée.
Comment éviter les crises d’hémorroïdes ?
En luttant contre la constipation (fibres, eau, activité physique), en évitant les efforts de poussée et les longs séjours aux toilettes.
Les hémorroïdes se soignent-elles sous anticoagulant ?
Oui, par un traitement médical en première intention. Mais un saignement sous anticoagulant ne doit pas être attribué d’emblée aux hémorroïdes : un examen est nécessaire.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : crise hémorroïdaire
- Conduite à tenir : constipation de l’adulte
- Ordonnance type : abcès péri-anal
Sources et recommandations
- ESCP · FMC-HGE — Prise en charge de la maladie hémorroïdaire : recommandations européennes (synthèse de T. Higuero, Post’U 2021) (2021)
- SNFCP — Recommandations pour la pratique clinique du traitement de la maladie hémorroïdaire (version longue) (2016-2017)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP de la diosmine 600 mg, de la Titanoréine et de l’Ultraproct (Consulté en octobre 2026)