Syndrome de l’intestin irritable : guideline et conduite à tenir

Critères de Rome IV, signes d’alarme, examens utiles, traitement selon le transit · Gastro-entérologie · Sources : FMC-HGE 2022, UEG/ESNM 2022

L’essentiel

Signes d’alarme : explorer

Diagnostic du syndrome de l’intestin irritable

Critères de Rome IV
Douleur abdominale récurrenteAu moins 1 jour par semaine en moyenne sur les 3 derniers mois, symptômes depuis au moins 6 mois
Avec au moins 2 des critèresLiée à la défécation (soulagement ou aggravation) ; associée à un changement de fréquence des selles ; associée à un changement de consistance des selles
Sous-type (échelle de Bristol, jours de selles anormales)Définition
SII-C (constipation)Selles dures (Bristol 1-2) plus de 25 % du temps, molles (6-7) moins de 25 %
SII-D (diarrhée)Selles molles ou liquides (Bristol 6-7) plus de 25 % du temps, dures moins de 25 %
SII-M (mixte)Les deux plus de 25 % du temps
SII non spécifiéCritères des sous-types non remplis

Examens utiles et inutiles

ExamenPlace
NFS, CRPBilan initial pour tous
Sérologie de la maladie cœliaque (IgA anti-transglutaminase + IgA totales)SII-D et SII-M
Calprotectine fécaleSII-D : écarter une maladie inflammatoire de l’intestin
Coloscopie (biopsies droites et gauches)Signe d’alarme ; pas avant 45 ans sans signe d’alarme ; à discuter après 50 ans (recommandation européenne)
Examen parasitologique et bactériologique des sellesPas systématique
Tests d’allergie alimentaire (IgE, IgG)Non recommandés sans allergie évidente
Analyse du microbioteNon recommandée

Traitement de l’intestin irritable

MesurePlace
Explication, réassurance, alliance thérapeutiquePour tous, d’emblée
Fibres solubles (psyllium)Surtout SII-C ; pas de son (fibres insolubles)
Antispasmodiques sans effet anticholinergique (phloroglucinol, trimébutine, pinavérium, mébévérine)Douleurs, tous sous-types
Menthe poivrée (forme gastro-résistante)Symptômes globaux
ProbiotiquesSeulement les souches évaluées en essais contre placebo (par exemple Bifidobacterium longum 35624)
LopéramideSII-D
MacrogolSII-C, pour la constipation (en association)
Régime pauvre en FODMAPSi échec des mesures simples, durée limitée, avec un diététicien, puis réintroduction
Antidépresseur tricyclique à faible doseÉchec, douleurs ; hors AMM
Hypnose, pleine conscience, TCCSeules ou en association, effet durable
Régime sans gluten, mésalazine, ISRS (SII-D), transplantation fécaleNon recommandés

Ordonnances types : intestin irritable

Bilan biologique minimal

Antispasmodique (phloroglucinol)

Lopéramide (SII à diarrhée)

Psyllium (fibres solubles)

Macrogol (SII à constipation)

Amitriptyline à faible dose (hors AMM)

Conseils : intestin irritable

Questions fréquentes sur l’intestin irritable

Comment savoir si on a un intestin irritable ?

Par des douleurs abdominales qui reviennent au moins une fois par semaine depuis plusieurs mois, liées aux selles ou à un changement de leur fréquence ou de leur aspect (critères de Rome IV). Le médecin pose le diagnostic sur les symptômes, après avoir vérifié l’absence de signe d’alarme.

Quels examens faut-il faire ?

Peu d’examens : une prise de sang (NFS, CRP) et, en cas de diarrhée, une recherche de maladie cœliaque et un dosage de la calprotectine dans les selles. La coloscopie n’est pas utile avant 45 ans sans signe d’alarme.

Quels sont les signes qui doivent inquiéter ?

Une perte de poids involontaire, du sang dans les selles, une anémie, une diarrhée qui réveille la nuit, des symptômes qui commencent après 50 ans, ou un antécédent familial de cancer colorectal ou de maladie inflammatoire de l’intestin.

Quel médicament contre les douleurs de l’intestin irritable ?

Les antispasmodiques sans effet anticholinergique (phloroglucinol, trimébutine, pinavérium, mébévérine) et la menthe poivrée en forme gastro-résistante. En cas d’échec, un antidépresseur tricyclique à faible dose peut être proposé pour son effet sur la douleur.

Qu’est-ce que le régime pauvre en FODMAP ?

Un régime qui réduit pendant quelques semaines certains sucres fermentescibles (lactose, fructose, polyols, certains légumes et céréales), puis les réintroduit progressivement pour repérer ceux qui gênent. Il est proposé si les mesures simples échouent, idéalement avec un diététicien.

Faut-il arrêter le gluten ?

Non, pas sans maladie cœliaque prouvée : la recommandation européenne déconseille le régime sans gluten dans l’intestin irritable à diarrhée.

Les probiotiques sont-ils efficaces ?

Certains peut-être, mais pas tous : seules les souches qui ont montré une efficacité dans des essais contre placebo sont conseillées, et l’effet d’une souche ne s’étend pas aux autres.

L’hypnose peut-elle aider ?

Oui : les thérapies centrées sur l’intestin, en particulier l’hypnose, améliorent les symptômes avec un effet qui persiste après l’arrêt des séances. La méditation de pleine conscience est aussi validée.

Voir aussi sur ordonnance.net

Sources et recommandations

  1. FMC-HGE — J.-M. Sabaté. Recommandations sur la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable (POST’U) (2022)
  2. UEG, ESNM — Functional bowel disorders with diarrhoea: clinical guidelines (Savarino et al., United European Gastroenterol J) (2022)
  3. ACG — ACG Clinical Guideline: Management of Irritable Bowel Syndrome (Lacy et al., Am J Gastroenterol) (2021)
  4. ANSM — Base de données publique des médicaments : phloroglucinol, trimébutine (Débridat), pinavérium (Dicetel), mébévérine (Duspatalin), lopéramide, amitriptyline (Laroxyl) (Consulté en octobre 2026)

Autres guidelines de médecine générale

Chaque conduite à tenir est rédigée à partir des recommandations officielles en accès libre (HAS, sociétés savantes, ANSM), citées avec leur date en bas de fiche. Les posologies sont vérifiées dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de la base de données publique des médicaments. Quand deux sources divergent, la fiche le signale. La date de la dernière vérification figure en tête de chaque fiche. Ces fiches ne remplacent pas le jugement clinique.