Syndrome de l’intestin irritable : guideline et conduite à tenir
Critères de Rome IV, signes d’alarme, examens utiles, traitement selon le transit · Gastro-entérologie · Sources : FMC-HGE 2022, UEG/ESNM 2022
L’essentiel
- Douleur abdominale récurrente au moins 1 jour par semaine sur les 3 derniers mois (début depuis au moins 6 mois), avec au moins 2 critères : liée à la défécation, à un changement de fréquence ou de consistance des selles (Rome IV). Les ballonnements sont fréquents mais pas indispensables.
- Le diagnostic est positif et clinique, pas un diagnostic d’exclusion : limiter les examens en l’absence de signe d’alarme.
- Signes d’alarme (examens, coloscopie) : amaigrissement involontaire, sang dans les selles, diarrhée nocturne, début des symptômes après 50 ans, anémie, antécédent familial de cancer colorectal ou de MICI.
- Bilan minimal : NFS, CRP ; en cas de diarrhée, sérologie de la maladie cœliaque et calprotectine fécale. Pas de coloscopie avant 45 ans sans signe d’alarme, pas d’examen de selles systématique, pas de test d’allergie alimentaire.
- Classer selon le transit (échelle de Bristol) : SII-C (constipation), SII-D (diarrhée), SII-M (alternance) ; le traitement en dépend.
- Première ligne : expliquer et rassurer, fibres solubles (psyllium, pas de son), antispasmodique sans effet anticholinergique, menthe poivrée gastro-résistante ; lopéramide pour la diarrhée, macrogol pour la constipation.
- Régime pauvre en FODMAP sur une durée limitée si les mesures simples échouent, idéalement avec un diététicien ; pas de régime sans gluten systématique.
- Échec : antidépresseur tricyclique à faible dose le soir (amitriptyline, hors AMM), hypnose, méditation de pleine conscience, psychothérapies centrées sur l’intestin. Pas de transplantation de microbiote fécal.
Signes d’alarme : explorer
- Amaigrissement involontaire, dénutrition
- Sang dans les selles (rectorragies, méléna), anémie
- Diarrhée nocturne, diarrhée abondante ou très fréquente, faux besoins (ténesme)
- Début après 50 ans ou changement récent du transit
- Antécédent familial de cancer colorectal, de MICI ou de maladie cœliaque
Diagnostic du syndrome de l’intestin irritable
| Critères de Rome IV | |
|---|---|
| Douleur abdominale récurrente | Au moins 1 jour par semaine en moyenne sur les 3 derniers mois, symptômes depuis au moins 6 mois |
| Avec au moins 2 des critères | Liée à la défécation (soulagement ou aggravation) ; associée à un changement de fréquence des selles ; associée à un changement de consistance des selles |
| Sous-type (échelle de Bristol, jours de selles anormales) | Définition |
|---|---|
| SII-C (constipation) | Selles dures (Bristol 1-2) plus de 25 % du temps, molles (6-7) moins de 25 % |
| SII-D (diarrhée) | Selles molles ou liquides (Bristol 6-7) plus de 25 % du temps, dures moins de 25 % |
| SII-M (mixte) | Les deux plus de 25 % du temps |
| SII non spécifié | Critères des sous-types non remplis |
- Maladie très fréquente (environ 4 à 5 % des adultes), surtout chez la femme et avant 50 ans, souvent invalidante.
- Le SII fait partie des troubles de l’interaction cerveau-intestin (anciennement « troubles fonctionnels intestinaux »).
- Diagnostic positif, sur les symptômes : multiplier les examens retarde le traitement sans rassurer davantage.
Examens utiles et inutiles
| Examen | Place |
|---|---|
| NFS, CRP | Bilan initial pour tous |
| Sérologie de la maladie cœliaque (IgA anti-transglutaminase + IgA totales) | SII-D et SII-M |
| Calprotectine fécale | SII-D : écarter une maladie inflammatoire de l’intestin |
| Coloscopie (biopsies droites et gauches) | Signe d’alarme ; pas avant 45 ans sans signe d’alarme ; à discuter après 50 ans (recommandation européenne) |
| Examen parasitologique et bactériologique des selles | Pas systématique |
| Tests d’allergie alimentaire (IgE, IgG) | Non recommandés sans allergie évidente |
| Analyse du microbiote | Non recommandée |
Traitement de l’intestin irritable
| Mesure | Place |
|---|---|
| Explication, réassurance, alliance thérapeutique | Pour tous, d’emblée |
| Fibres solubles (psyllium) | Surtout SII-C ; pas de son (fibres insolubles) |
| Antispasmodiques sans effet anticholinergique (phloroglucinol, trimébutine, pinavérium, mébévérine) | Douleurs, tous sous-types |
| Menthe poivrée (forme gastro-résistante) | Symptômes globaux |
| Probiotiques | Seulement les souches évaluées en essais contre placebo (par exemple Bifidobacterium longum 35624) |
| Lopéramide | SII-D |
| Macrogol | SII-C, pour la constipation (en association) |
| Régime pauvre en FODMAP | Si échec des mesures simples, durée limitée, avec un diététicien, puis réintroduction |
| Antidépresseur tricyclique à faible dose | Échec, douleurs ; hors AMM |
| Hypnose, pleine conscience, TCC | Seules ou en association, effet durable |
| Régime sans gluten, mésalazine, ISRS (SII-D), transplantation fécale | Non recommandés |
- En France, plusieurs traitements recommandés aux États-Unis ne sont pas disponibles (linaclotide, lubiprostone, tégasérod, éluxadoline) ; la rifaximine n’est pas remboursée dans cette indication.
- Le macrogol n’a pas d’indication propre dans le SII mais peut traiter la constipation en association avec un traitement de la douleur.
Ordonnances types : intestin irritable
Bilan biologique minimal
- NFS, CRP : Troubles fonctionnels intestinaux : bilan initial.
- Anticorps IgA anti-transglutaminase et IgA totales : Recherche de maladie cœliaque (diarrhée ou transit alterné).
- Calprotectine fécale : Diarrhée chronique : recherche d’une maladie inflammatoire de l’intestin.
Antispasmodique (phloroglucinol)
- Phloroglucinol 80 mg, comprimé orodispersible : 2 comprimés au moment des douleurs, à renouveler si besoin en respectant 2 heures entre les prises, sans dépasser 6 comprimés par jour.
Lopéramide (SII à diarrhée)
- Lopéramide 2 mg, gélule : 1 gélule en cas de diarrhée ou avant une situation à risque (déplacement), 1 à 3 gélules par jour au maximum en usage prolongé.
Psyllium (fibres solubles)
- Psyllium (ispaghule), poudre pour suspension buvable en sachet : 1 sachet par jour la première semaine, puis jusqu’à 1 sachet avant ou après chacun des 3 repas, dans un grand verre d’eau (200 mL), au moins une demi-heure à distance des autres médicaments.
Macrogol (SII à constipation)
- Macrogol 4000, 10 g, poudre pour solution buvable en sachet : 1 à 2 sachets par jour, de préférence en une prise le matin, dissous dans un verre d’eau ; adapter la dose selon les selles.
Amitriptyline à faible dose (hors AMM)
- Amitriptyline 40 mg/mL (Laroxyl), solution buvable en gouttes (1 goutte = 1 mg) : 10 gouttes le soir au coucher, puis augmenter progressivement selon l’efficacité et la tolérance, en restant à faible dose. Évaluer l’effet après quelques semaines.
Conseils : intestin irritable
- L’intestin irritable est une maladie fréquente et bénigne : elle ne se transforme pas en cancer et ne détruit pas l’intestin.
- Les douleurs sont réelles : l’intestin est plus sensible et réagit davantage au stress et à certains aliments.
- Mangez à heures régulières, prenez le temps de manger et buvez suffisamment.
- Les fibres solubles comme le psyllium aident souvent ; le son de blé n’a pas montré d’efficacité.
- N’entreprenez pas seul un régime très restrictif : le régime pauvre en FODMAP se fait sur une courte durée, de préférence avec un diététicien.
- L’activité physique régulière, la gestion du stress, l’hypnose ou la méditation peuvent réduire les symptômes.
- Consultez si vous perdez du poids sans le vouloir, si vous voyez du sang dans les selles, si la diarrhée vous réveille la nuit ou si les symptômes changent.
Questions fréquentes sur l’intestin irritable
Comment savoir si on a un intestin irritable ?
Par des douleurs abdominales qui reviennent au moins une fois par semaine depuis plusieurs mois, liées aux selles ou à un changement de leur fréquence ou de leur aspect (critères de Rome IV). Le médecin pose le diagnostic sur les symptômes, après avoir vérifié l’absence de signe d’alarme.
Quels examens faut-il faire ?
Peu d’examens : une prise de sang (NFS, CRP) et, en cas de diarrhée, une recherche de maladie cœliaque et un dosage de la calprotectine dans les selles. La coloscopie n’est pas utile avant 45 ans sans signe d’alarme.
Quels sont les signes qui doivent inquiéter ?
Une perte de poids involontaire, du sang dans les selles, une anémie, une diarrhée qui réveille la nuit, des symptômes qui commencent après 50 ans, ou un antécédent familial de cancer colorectal ou de maladie inflammatoire de l’intestin.
Quel médicament contre les douleurs de l’intestin irritable ?
Les antispasmodiques sans effet anticholinergique (phloroglucinol, trimébutine, pinavérium, mébévérine) et la menthe poivrée en forme gastro-résistante. En cas d’échec, un antidépresseur tricyclique à faible dose peut être proposé pour son effet sur la douleur.
Qu’est-ce que le régime pauvre en FODMAP ?
Un régime qui réduit pendant quelques semaines certains sucres fermentescibles (lactose, fructose, polyols, certains légumes et céréales), puis les réintroduit progressivement pour repérer ceux qui gênent. Il est proposé si les mesures simples échouent, idéalement avec un diététicien.
Faut-il arrêter le gluten ?
Non, pas sans maladie cœliaque prouvée : la recommandation européenne déconseille le régime sans gluten dans l’intestin irritable à diarrhée.
Les probiotiques sont-ils efficaces ?
Certains peut-être, mais pas tous : seules les souches qui ont montré une efficacité dans des essais contre placebo sont conseillées, et l’effet d’une souche ne s’étend pas aux autres.
L’hypnose peut-elle aider ?
Oui : les thérapies centrées sur l’intestin, en particulier l’hypnose, améliorent les symptômes avec un effet qui persiste après l’arrêt des séances. La méditation de pleine conscience est aussi validée.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : syndrome de l’intestin irritable
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- Conduite à tenir : diarrhée aiguë de l’adulte
- Conduite à tenir : dyspepsie
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Sources et recommandations
- FMC-HGE — J.-M. Sabaté. Recommandations sur la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable (POST’U) (2022)
- UEG, ESNM — Functional bowel disorders with diarrhoea: clinical guidelines (Savarino et al., United European Gastroenterol J) (2022)
- ACG — ACG Clinical Guideline: Management of Irritable Bowel Syndrome (Lacy et al., Am J Gastroenterol) (2021)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : phloroglucinol, trimébutine (Débridat), pinavérium (Dicetel), mébévérine (Duspatalin), lopéramide, amitriptyline (Laroxyl) (Consulté en octobre 2026)
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Chaque conduite à tenir est rédigée à partir des recommandations officielles en accès libre (HAS, sociétés savantes, ANSM), citées avec leur date en bas de fiche. Les posologies sont vérifiées dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de la base de données publique des médicaments. Quand deux sources divergent, la fiche le signale. La date de la dernière vérification figure en tête de chaque fiche. Ces fiches ne remplacent pas le jugement clinique.