Reflux gastro-œsophagien de l’adulte (RGO) : conduite à tenir
Endoscopie, IPP 4 semaines, déprescription · Gastro-entérologie · Sources : HAS 2022, CRAT 2025
L’essentiel
- Diagnostic clinique : pyrosis (brûlure rétrosternale ascendante) et régurgitations acides, souvent après les repas ou en position penchée ou couchée.
- Endoscopie si signe d’alarme (dysphagie, amaigrissement, anémie, hémorragie digestive), après 50 ans, en cas de symptômes atypiques isolés ou d’échec du traitement.
- Mesures hygiéno-diététiques pour tous : perte de poids, dîner 2 à 3 heures avant le coucher, tête du lit surélevée, éviter les aliments déclencheurs, réduire tabac et alcool.
- Symptômes occasionnels : alginate ou antiacide, ou IPP à la demande.
- Symptômes fréquents : IPP pendant 4 semaines au maximum en traitement initial, à demi-dose (oméprazole : 20 mg), 30 minutes avant le petit-déjeuner.
- Œsophagite à l’endoscopie : IPP à pleine dose 4 à 8 semaines.
- Pas d’IPP en « test » pour une toux, des symptômes ORL, un asthme ou une douleur thoracique isolés, si le RGO n’est pas documenté.
- Au renouvellement : arrêter l’IPP si les symptômes ont disparu (effet rebond possible) ; un IPP au long cours n’est justifié qu’en cas d’œsophagite sévère, d’endobrachyœsophage ou de RGO invalidant.
Signes d’alarme : endoscopie
- Hémorragie digestive (hématémèse, méléna) : urgence
- Dysphagie, odynophagie, amaigrissement, anémie
- Vomissements répétés
- Douleur thoracique : éliminer d’abord une cause cardiaque
RGO : quand faire une endoscopie ?
Adulte avec des symptômes de reflux. Une seule indication suffit.
- Hémorragie digestive (hématémèse, méléna)
- Dysphagie ou odynophagie
- Amaigrissement inexpliqué
- Anémie (ferriprive)
- Vomissements répétés
- Âge supérieur à 50 ans
- Symptômes atypiques isolés (douleur épigastrique, thoracique, toux, ORL)
- Échec d’un IPP bien pris pendant 4 semaines, ou rechute rapide à l’arrêt
- Pas d’endoscopie d’emblée : RGO typique sans signe d’alarme avant 50 ans : traitement d’épreuve et mesures hygiéno-diététiques.
- Endoscopie haute indiquée : La programmer si possible avant de débuter l’IPP, qui peut cicatriser une œsophagite et la masquer.
- Hémorragie digestive : Prise en charge en urgence (15 en cas de malaise, d’hématémèse abondante ou de signes de choc).
- Dysphagie : Endoscopie rapide : rechercher un cancer de l’œsophage, une sténose peptique ou une œsophagite à éosinophiles.
Diagnostic du reflux gastro-œsophagien
- Signes typiques : pyrosis (brûlure qui remonte derrière le sternum, spécifique à 90 %), régurgitations acides, majorés après les repas, en se penchant en avant ou en position couchée.
- Signes atypiques possiblement liés au RGO : brûlures épigastriques, douleur thoracique, toux chronique, asthme difficile à contrôler, enrouement, laryngite.
- Signes typiques sans signe d’alarme avant 50 ans : le diagnostic est clinique, sans examen.
- À l’endoscopie, seules une œsophagite de grade C ou D (Los Angeles), un endobrachyœsophage d’au moins 1 cm ou une sténose peptique affirment le RGO ; une endoscopie normale ne l’élimine pas.
- pH-métrie ou pH-impédancemétrie (spécialiste) : échec des IPP, symptômes atypiques, avant une chirurgie.
Traitement du RGO : IPP et alginates
| IPP | Demi-dose (RGO sans œsophagite) | Pleine dose (œsophagite) |
|---|---|---|
| Ésoméprazole | 20 mg | 40 mg |
| Lansoprazole | 15 mg | 30 mg |
| Pantoprazole | 20 mg | 40 mg |
| Rabéprazole | 10 mg | 20 mg |
| Oméprazole | 20 mg en traitement initial (10 mg possible ensuite) | 20 mg (40 mg si œsophagite sévère) |
- Traitement initial : 4 semaines au maximum, uniquement en cas de pyrosis, de brûlures gastriques après les repas ou de régurgitations acides.
- Œsophagite : pleine dose 4 semaines, prolongée de 4 semaines si elle n’est pas cicatrisée.
- Après résolution : arrêt, puis traitement à la demande (IPP, alginate, antiacide, anti-H2) si les symptômes reviennent.
- Alginates (Gaviscon : 10 ml 3 fois par jour après les repas et au coucher ; GavisconPro : 5 à 10 ml) : action rapide, utiles pour les symptômes occasionnels.
- Un IPP au long cours expose à un risque iatrogène (polymédication, interactions), surtout chez le sujet âgé : toute prescription doit être réévaluée.
RGO sans complication et symptômes disparus : arrêter l’IPP et prévenir de l’effet rebond. Symptômes toujours présents : investiguer et chercher la dose minimale efficace avant de poursuivre au-delà de 3 mois. Œsophagite C ou D, endobrachyœsophage, RGO invalidant mal contrôlé : poursuivre avec réévaluation régulière.
Ordonnances types pour le RGO
Alginate (Gaviscon)
- Alginate de sodium / bicarbonate de sodium (Gaviscon), suspension buvable en flacon : 2 cuillères à café (10 ml) 3 fois par jour après les 3 repas, et si besoin le soir au coucher, les jours de symptômes.
IPP à la demande
- Ésoméprazole 20 mg, comprimé gastro-résistant : 1 comprimé par jour les jours de symptômes, le matin avant le petit-déjeuner.
IPP à demi-dose, 4 semaines
- Ésoméprazole 20 mg, comprimé gastro-résistant : 1 comprimé par jour le matin, 30 minutes avant le petit-déjeuner, pendant 4 semaines.
Oméprazole, 4 semaines
- Oméprazole 20 mg, gélule gastro-résistante : 1 gélule par jour le matin, 30 minutes avant le petit-déjeuner, pendant 4 semaines.
IPP à pleine dose (œsophagite)
- Ésoméprazole 40 mg, comprimé gastro-résistant : 1 comprimé par jour le matin avant le petit-déjeuner pendant 4 semaines ; 4 semaines de plus si l’œsophagite n’est pas cicatrisée ou si les symptômes persistent.
Conseils au patient : reflux et alimentation
- En cas de surpoids, perdre du poids, même modérément, réduit rapidement le reflux ; marchez au moins 30 minutes par jour.
- Laissez 2 à 3 heures entre le dîner et le coucher ; évitez les repas trop copieux et gras.
- En cas de reflux la nuit, surélevez la tête du lit (cales sous les pieds du lit).
- Repérez et évitez les aliments qui déclenchent vos brûlures (épices, tomates, chocolat, café, sodas…).
- Réduisez le tabac et l’alcool.
- Prenez l’IPP le matin, 30 minutes avant le petit-déjeuner ; ne le renouvelez pas sans avis médical.
- Consultez rapidement en cas de difficulté à avaler, d’amaigrissement, de vomissements de sang ou de selles noires.
Questions fréquentes sur le reflux gastro-œsophagien
Combien de temps prendre un IPP pour un reflux ?
En traitement initial d’un RGO sans complication, 4 semaines au maximum à demi-dose (oméprazole 20 mg). Ensuite, l’IPP est arrêté et pris à la demande si les symptômes reviennent. Un traitement continu n’est justifié qu’en cas d’œsophagite sévère, d’endobrachyœsophage ou de RGO invalidant.
Quand faut-il faire une fibroscopie pour un reflux ?
En cas de signe d’alarme (difficulté à avaler, amaigrissement, anémie, saignement digestif, vomissements répétés), après 50 ans, en cas de symptômes atypiques isolés ou si les symptômes persistent après 4 semaines d’IPP ou reviennent vite à l’arrêt.
Comment arrêter un IPP pris depuis longtemps ?
Si les symptômes de reflux ont disparu et qu’il n’y a pas de complication, l’IPP peut être arrêté. Une recrudescence passagère des brûlures (effet rebond) est possible et ne justifie pas de le reprendre ; les symptômes occasionnels se traitent à la demande.
Quand prendre l’IPP : avant ou après le repas ?
Le matin, environ 30 minutes avant le petit-déjeuner, en une prise par jour. Une prise mal synchronisée avec le repas est une cause fréquente d’efficacité insuffisante.
Le Gaviscon suffit-il pour un reflux ?
Pour des symptômes occasionnels, un alginate pris après les repas et au coucher est souvent suffisant, avec les mesures hygiéno-diététiques. Pour des symptômes fréquents ou gênants, un IPP pendant 4 semaines est plus efficace.
Un IPP peut-il traiter une toux chronique ?
Pas en traitement d’épreuve : la HAS rappelle que les IPP ne sont pas justifiés pour des symptômes extradigestifs isolés (toux, ORL, asthme, douleur thoracique) si le RGO n’est pas documenté.
Quel traitement du reflux pendant la grossesse ?
D’abord les mesures hygiéno-diététiques, puis les alginates ou les antiacides, utilisables quel que soit le terme. En cas d’échec, les IPP (oméprazole notamment) et la famotidine sont possibles selon le CRAT.
Faut-il un IPP avec un anti-inflammatoire ?
Seulement en présence d’un facteur de risque : 65 ans ou plus, antécédent d’ulcère, ou association à un antiagrégant, un corticoïde ou un anticoagulant. L’IPP s’arrête en même temps que l’AINS.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : RGO
- Ordonnance type : RGO de la femme enceinte (alginate)
- Ordonnance type : RGO de la femme enceinte (IPP)
- Ordonnance type : dyspepsie de l’adulte
- Ordonnance type : infection à Helicobacter pylori
Sources et recommandations
- HAS — Fiche bon usage du médicament : bon usage des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) (Septembre 2022)
- FMC-HGE — Diagnostic actuel du RGO : consensus de Lyon (F. Zerbib, Post’U 2020) (2020)
- CRAT — Reflux gastro-œsophagien : grossesse et allaitement (Mai 2025)
- SFHGL — Le reflux gastro-œsophagien : recommandations diététiques (Mai 2026)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP des IPP et des alginates (Consulté en octobre 2026)