Lombalgie commune de l’adulte : conduite à tenir
Drapeaux rouges, imagerie, traitement, risque de chronicité · Rhumatologie, Médecine physique, Douleur · Sources : HAS 2019, ANSM 2025
L’essentiel
- Rechercher les drapeaux rouges devant toute lombalgie récente, aggravée ou modifiée ; c’est leur association qui doit alerter.
- Pas de drapeau rouge : lombalgie commune. Rassurer : 90 % évoluent favorablement en moins de 4 à 6 semaines.
- Pas d’imagerie lors d’une poussée aiguë, avec ou sans radiculalgie, en l’absence de drapeau rouge ; l’expliquer au patient. IRM en cas de lombalgie chronique (plus de 3 mois).
- L’activité physique est le traitement principal : poursuivre les activités quotidiennes et le travail autant que possible ; pas de repos au lit.
- Antalgiques à visée symptomatique : paracétamol, AINS à la dose la plus faible et la durée la plus courte ; opioïdes faibles en 2e intention (ordonnance sécurisée pour le tramadol). Myorelaxants non recommandés.
- Réévaluer à 2 à 4 semaines. Rechercher tôt les drapeaux jaunes : risque de chronicité, kinésithérapie active précoce.
- Lombalgie chronique ou à risque : kinésithérapie active avec exercices à domicile, prise en charge pluridisciplinaire, médecin du travail si arrêts répétés ou de plus de 4 semaines.
Urgence : syndrome de la queue de cheval
- Troubles sphinctériens (rétention ou incontinence urinaire, incontinence anale)
- Anesthésie en selle, paresthésies du périnée ou du pubis
- Déficit moteur d’un ou des deux membres inférieurs
- Avis chirurgical et IRM en urgence
Drapeaux rouges de la lombalgie
Signes d’alerte orientant vers une pathologie sous-jacente. Pris isolément, leur spécificité est limitée : c’est leur association qui doit faire suspecter une cause spécifique.
- Douleur non mécanique : aggravation progressive, présente au repos, en particulier la nuit
- Traumatisme important (chute de hauteur…)
- Perte de poids inexpliquée
- Antécédent de cancer
- Usage de drogue intraveineuse ou corticothérapie prolongée
- Déformation structurale importante de la colonne
- Douleur thoracique (rachialgie dorsale)
- Début avant 20 ans ou après 55 ans
- Fièvre
- Altération de l’état général
- Aucun drapeau rouge : Lombalgie commune probable ; pas d’imagerie lors d’une poussée aiguë.
- Signe(s) d’alerte présent(s) : Rechercher une pathologie sous-jacente (fracture, cancer, infection, rhumatisme inflammatoire, cause extra-rachidienne) selon l’association des signes : examen clinique complet, examens orientés.
Drapeaux jaunes : risque de chronicité
Facteurs psychosociaux associés à un risque accru de passage à la chronicité ou d’incapacité prolongée, à rechercher précocement.
- Problèmes émotionnels : dépression, anxiété, stress, retrait des activités sociales
- Croyances inadaptées : douleur vue comme un danger ou source de handicap grave, attente passive d’un traitement
- Évitement ou réduction des activités par peur de la douleur
- Problèmes au travail (insatisfaction, environnement hostile) ou liés à l’indemnisation
- Lombalgie récidivante (nouvel épisode dans les 12 mois)
- Pas de facteur de risque de chronicité identifié : Prise en charge habituelle : rassurer, rester actif, réévaluer à 2 à 4 semaines.
- Lombalgie à risque de chronicité : Kinésithérapie active précoce avec exercices à domicile, éducation sur la douleur, réévaluation à 6 à 12 semaines.
Évaluer une lombalgie
La lombalgie est une douleur située entre la charnière thoraco-lombaire et le pli fessier inférieur, avec ou sans radiculalgie (douleur d’un membre inférieur dans un dermatome). Elle est dite commune en l’absence de drapeau rouge, et chronique au-delà de 3 mois.
- Poussée aiguë : douleur aiguë, avec ou sans douleur de fond, qui impose d’intensifier temporairement le traitement ou réduit les capacités.
- Lombalgie à risque de chronicité : moins de 3 mois d’évolution avec drapeaux jaunes.
- Lombalgie récidivante : récidive dans les 12 mois ; à considérer comme à risque de chronicité.
Imagerie
- Poussée aiguë sans drapeau rouge : pas d’imagerie, avec ou sans radiculalgie (pas de corrélation systématique entre images et symptômes).
- Lombalgie chronique : IRM (scanner si contre-indication) ; aussi avant un geste invasif (infiltration, chirurgie).
- Radiographies isolées : seulement pour rechercher une instabilité ou un trouble statique. Ne pas répéter l’imagerie sans changement des symptômes.
- Expliquer et dédramatiser les termes des comptes rendus (arthrose, discopathie, protrusion…).
Travail : drapeaux bleus et noirs
- À rechercher en cas d’arrêts de travail répétés ou prolongés au-delà de 4 semaines, avec le médecin du travail.
- Bleus (perception du travail) : charge physique élevée, forte demande et faible contrôle, manque de soutien, stress, faible espoir de reprise, peur de la rechute.
- Noirs (entreprise, système de soins et d’assurance) : impossibilité de reprise progressive ou de changement de poste, insécurité financière, manque de contact avec le travail, durée de l’arrêt.
Traitement de la lombalgie commune
Non médicamenteux
| Intention | Prise en charge | Pour qui |
|---|---|---|
| 1re | Autogestion, reprise des activités quotidiennes et précoce du travail ; activité physique adaptée | Tous les patients |
| 1re | Kinésithérapie active avec exercices à domicile | Lombalgie chronique ou à risque de chronicité |
| 2e | Éducation à la neurophysiologie de la douleur | Chronique ou à risque |
| 2e | Techniques manuelles, TCC | Seulement associées à des exercices supervisés |
| 3e | Programme de réadaptation pluridisciplinaire | Douleur persistante avec facteurs psychosociaux, ou échec |
- Non recommandés : ultrasons, tractions, semelles orthopédiques, thérapies passives seules ; acupuncture sans efficacité démontrée.
- Ceinture lombaire : possible sur une courte durée pour aider à reprendre les activités, sans efficacité sur l’évolution.
- Prévention des récidives : activité physique régulière et exercices d’auto-rééducation.
Médicaments
| Médicament | Place |
|---|---|
| Paracétamol | 1re intention, à visée symptomatique |
| AINS | 1re intention après évaluation du rapport bénéfice/risque ; dose la plus faible, durée la plus courte |
| Opioïdes faibles (tramadol, codéine) | 2e intention, en cas d’échec ou de contre-indication des AINS ; faible dose, durée courte ; ordonnance sécurisée |
| Opioïdes forts | Lombalgies réfractaires à une prise en charge bien conduite ; durée la plus courte |
| Antidépresseurs, gabapentinoïdes | Pas en poussée aiguë ; à discuter en cas de radiculalgie chronique neuropathique ou de troubles anxio-dépressifs |
| Myorelaxants (thiocolchicoside…) | Balance bénéfice/risque défavorable |
| Corticoïdes, néfopam | Intérêt non établi |
| Antibiotiques, vitamine D, patch de lidocaïne, anti-TNF | Pas d’indication |
Aucun antalgique n’a montré d’efficacité à moyen terme sur l’évolution d’une poussée aiguë : ils servent à gérer les accès douloureux pour permettre de rester actif.
Radiculalgie
- Poussée aiguë avec sciatique ou cruralgie sans drapeau rouge : même prise en charge, pas d’imagerie d’emblée.
- Antidépresseurs et gabapentinoïdes non indiqués en phase aiguë.
- Douleur radiculaire persistante et sévère malgré un traitement bien conduit : imagerie en coupes puis infiltration épidurale à discuter avec le patient (efficacité limitée) ; voie foraminale contre-indiquée.
- Déficit moteur, troubles sphinctériens, anesthésie en selle : urgence.
Ordonnances types pour la lombalgie
Paracétamol
- Paracétamol 1 g, comprimé : 1 comprimé par prise si douleur, au moins 4 heures entre deux prises, 3 comprimés par jour au maximum (4 par jour sur avis médical, en l’absence de facteur de risque).
AINS : ibuprofène
- Ibuprofène 400 mg, comprimé : 1 comprimé par prise au cours d’un repas si douleur, toutes les 6 à 8 heures, 3 comprimés par jour au maximum, pendant la durée la plus courte possible.
Opioïde faible (2e intention)
- Tramadol 37,5 mg / paracétamol 325 mg, comprimé : 2 comprimés par prise si douleur, au moins 6 heures entre deux prises, 8 comprimés par jour au maximum, durée la plus courte possible.
Kinésithérapie active
- Séances de masso-kinésithérapie : Rééducation active du rachis lombaire : exercices thérapeutiques adaptés, éducation (réassurance, lutte contre les peurs et croyances), apprentissage d’un programme d’exercices à poursuivre à domicile.
Imagerie de la lombalgie chronique
- IRM du rachis lombaire : Lombalgie commune de plus de 3 mois (scanner en cas de contre-indication à l’IRM).
Conseils au patient
- Le mal de dos est très fréquent et le plus souvent bénin : 9 fois sur 10, il guérit en moins de 4 à 6 semaines.
- Le repos au lit retarde la guérison : restez actif, marchez, continuez vos activités habituelles autant que la douleur le permet.
- Reprenez le travail dès que possible, si besoin avec un aménagement temporaire.
- Une radiographie ou une IRM n’est pas utile au début : elle ne change pas le traitement.
- Les médicaments soulagent la douleur pour vous permettre de bouger ; ils ne guérissent pas plus vite.
- Après la crise, une activité physique régulière diminue le risque de récidive.
- Consultez en urgence en cas de difficulté pour uriner, de perte de sensibilité entre les cuisses ou autour de l’anus, ou de faiblesse d’une jambe.
- Reconsultez en cas de fièvre, de douleur qui s’aggrave la nuit, de perte de poids ou si la douleur ne s’améliore pas après 2 à 4 semaines.
Questions fréquentes sur la lombalgie
Quels sont les drapeaux rouges d’une lombalgie ?
Douleur non mécanique (aggravation progressive, au repos, la nuit), signes neurologiques étendus (troubles sphinctériens, déficit moteur, syndrome de la queue de cheval), paresthésies du périnée, traumatisme important, perte de poids inexpliquée, antécédent de cancer, drogue intraveineuse ou corticothérapie prolongée, déformation importante, douleur thoracique, début avant 20 ans ou après 55 ans, fièvre, altération de l’état général.
Faut-il faire une radiographie ou une IRM pour un lumbago ?
Non, en l’absence de drapeau rouge, aucune imagerie n’est indiquée lors d’une poussée aiguë, même avec une sciatique. Une IRM est recommandée en cas de lombalgie chronique (plus de 3 mois) ou avant un geste invasif.
Combien de temps dure une lombalgie aiguë ?
Dans 90 % des cas, la lombalgie commune évolue favorablement en moins de 4 à 6 semaines. Le patient est réévalué à 2 à 4 semaines ; au-delà de 3 mois, on parle de lombalgie chronique.
Quel traitement pour une lombalgie aiguë ?
Rester actif est le traitement principal. Les antalgiques soulagent les accès douloureux : paracétamol, AINS à la dose la plus faible et la durée la plus courte, opioïdes faibles en deuxième intention. Ils n’accélèrent pas la guérison.
Les myorelaxants sont-ils recommandés dans le mal de dos ?
Non. La HAS estime que les myorelaxants ont une balance bénéfice/risque défavorable dans la lombalgie commune.
Faut-il un arrêt de travail pour une lombalgie ?
La HAS recommande la reprise précoce des activités, y compris professionnelles, autant que possible. En cas d’arrêts répétés ou de plus de 4 semaines, il faut rechercher les obstacles au retour au travail et solliciter le médecin du travail.
Quand prescrire de la kinésithérapie pour une lombalgie ?
En cas de lombalgie chronique ou à risque de chronicité (drapeaux jaunes, récidive dans l’année). Elle doit être active : exercices enseignés par le kinésithérapeute puis poursuivis à domicile. Les techniques passives seules n’ont pas d’efficacité.
Le tramadol nécessite-t-il une ordonnance sécurisée ?
Oui, depuis le 1er mars 2025, tous les médicaments contenant du tramadol ou de la codéine se prescrivent sur ordonnance sécurisée, avec dosage, posologie et durée en toutes lettres, pour 12 semaines au maximum.
La ceinture lombaire est-elle utile ?
Elle peut être portée sur une courte durée pour aider à reprendre les activités, mais elle n’a pas montré d’efficacité sur l’évolution de la lombalgie.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : lombalgie aiguë
- Ordonnance type : lombosciatalgie commune
- Ordonnance type : névralgie cervico-brachiale commune
- Ordonnance type : torticolis
Sources et recommandations
- HAS — Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune (fiche mémo) (Mars 2019)
- HAS — Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune : arbre décisionnel (Mars 2019)
- HAS — Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune (page de la recommandation) (Mars 2019)
- ANSM — Tramadol et codéine : prescription sur ordonnance sécurisée (Mars 2025)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP du paracétamol 1 g, de l’ibuprofène 400 mg et de l’association tramadol/paracétamol (Consulté en octobre 2026)