Colique néphrétique : conduite à tenir
AINS, signes de gravité, calcul, prévention · Urologie, Urgences · Sources : AFU 2022-2023
L’essentiel
- Douleur lombaire brutale, intense, sans position antalgique, irradiant vers l’aine ou les organes génitaux, souvent avec nausées et hématurie ; due à un calcul dans plus de 95 % des cas.
- Colique compliquée = urgence : fièvre (pyélonéphrite obstructive), anurie ou rein unique, douleur résistante au traitement ; aussi grossesse et insuffisance rénale.
- Antalgie en première ligne : AINS en alternance avec le paracétamol, sauf contre-indication ; opioïdes en seconde ligne.
- Imagerie : scanner sans injection de référence ; immédiatement en cas de fièvre, de rein unique ou de doute diagnostique ; pas de radiographie de l’abdomen si un scanner est prévu.
- Calcul urétéral unique de 5 à 10 mm : traitement médical expulsif par alphabloquant (tamsulosine, hors AMM) possible ; il ne doit pas retarder l’urologue en cas de complication.
- Pas d’hyperhydratation pendant la crise : boire normalement.
- Récupérer le calcul (filtrer les urines) pour analyse ; bilan biologique dès le premier calcul, dans le mois.
- Prévention : diurèse de plus de 2 litres par jour, boissons réparties y compris le soir, moins de 8 g de sel, protéines animales modérées, calcium alimentaire normal.
Colique néphrétique compliquée : urgences
- Fièvre ou frissons : pyélonéphrite obstructive, drainage des urines en urgence
- Anurie (pas d’urines), rein unique ou insuffisance rénale
- Douleur résistante à un traitement antalgique bien conduit
- Grossesse ; doute diagnostique (anévrisme de l’aorte, surtout après 50 ans)
Diagnostic de la colique néphrétique
- Douleur liée à la mise en tension brutale des cavités du rein, due à un calcul obstructif dans plus de 95 % des cas.
- Scanner sans injection : examen de référence (taille, densité et position du calcul) ; échographie si scanner non disponible rapidement ou grossesse ; scanner complété après une échographie initiale.
- Imagerie immédiate si fièvre, rein unique ou doute diagnostique ; la radiographie de l’abdomen n’est pas utile si un scanner est réalisé.
- Diagnostics à évoquer : pyélonéphrite, anévrisme de l’aorte, appendicite, grossesse extra-utérine, torsion d’annexe ou de testicule.
| Taille du calcul | Expulsion spontanée à 20 semaines |
|---|---|
| 0 à 3 mm | 98 % |
| 4 mm | 81 % |
| 5 mm | 65 % |
| 6 mm | 33 % |
| Plus de 6 mm | 9 % |
Traitement de la colique néphrétique
| Recommandation (AFU 2022) | Force |
|---|---|
| AINS en alternance avec le paracétamol en première ligne | Forte (A) |
| Opioïdes en seconde ligne | B |
| Alphabloquant après l’analgésie initiale | B |
| Traitement expulsif si calcul urétéral unique de 5 à 10 mm ; alphabloquant de préférence | A |
| Lidocaïne intraveineuse | Non recommandée |
| Fièvre ou anurie : drainage des urines + antibiotique | Accord d’experts |
- En France, seuls le kétoprofène et le phloroglucinol (faible niveau de preuve) ont l’AMM de la colique néphrétique ; les autres antalgiques relèvent de l’indication « douleurs ».
- L’hyperhydratation et les diurétiques n’accélèrent pas l’expulsion et ne soulagent pas (consensus SFMU-AFU).
- Le traitement expulsif est contre-indiqué en cas d’infection fébrile, de douleur réfractaire ou d’insuffisance rénale.
Ordonnances types pour la colique néphrétique
Colique néphrétique simple
- Ibuprofène 400 mg, comprimé : 1 comprimé 3 fois par jour au cours des repas (maximum 1 200 mg par jour), pendant 3 à 5 jours.
- Paracétamol 1 g, comprimé : 1 comprimé toutes les 6 heures si besoin, en alternance avec l’ibuprofène (maximum 4 g par jour).
- Filtre à urines (passoire fine) ou compresses : Filtrer toutes les urines jusqu’à l’expulsion du calcul et le rapporter pour analyse.
Imagerie et biologie
- Scanner abdomino-pelvien sans injection (faible dose) : Colique néphrétique : recherche de calcul (taille, densité, localisation) et de dilatation.
- Créatininémie ; bandelette urinaire, ECBU si positive : Colique néphrétique.
Traitement expulsif (hors AMM)
- Tamsulosine 0,4 mg, gélule à libération prolongée : 1 gélule par jour, après le petit-déjeuner, jusqu’à l’expulsion du calcul ou la consultation d’urologie.
Analyse du calcul et bilan
- Analyse morpho-constitutionnelle du calcul (spectrophotométrie infrarouge) : Calcul expulsé.
- Bilan biologique de première intention de la lithiase urinaire (sang et urines de 24 heures) : Dans le mois suivant l’épisode, dès le premier calcul.
Conseils au patient : colique néphrétique
- Prenez l’anti-inflammatoire et le paracétamol en alternance, comme prescrit.
- Buvez normalement pendant la crise ; inutile de boire de grandes quantités.
- Urinez dans un filtre ou une passoire pour récupérer le calcul et rapportez-le : son analyse permet d’éviter les récidives.
- Allez aux urgences en cas de fièvre ou de frissons, si vous n’urinez presque plus, ou si la douleur n’est pas soulagée.
- Ensuite, buvez plus de 2 litres par jour en répartissant sur la journée et le soir, et limitez le sel.
Questions fréquentes sur la colique néphrétique
Quel traitement pour une colique néphrétique ?
Un anti-inflammatoire non stéroïdien en alternance avec le paracétamol en première ligne, sauf contre-indication, puis un opioïde si la douleur persiste. Une colique compliquée (fièvre, anurie, douleur rebelle) relève des urgences.
Faut-il boire beaucoup pendant une colique néphrétique ?
Non : pendant la crise, il faut boire normalement ; l’hyperhydratation n’accélère pas l’expulsion du calcul. En revanche, après la crise, boire plus de 2 litres par jour prévient les récidives.
Quand faut-il aller aux urgences pour une colique néphrétique ?
En cas de fièvre ou de frissons (infection en amont d’un calcul), d’absence d’urines, de rein unique, de grossesse ou de douleur non soulagée par le traitement.
Quel examen pour une colique néphrétique ?
Le scanner abdomino-pelvien sans injection est l’examen de référence ; il est réalisé immédiatement en cas de fièvre, de rein unique ou de doute diagnostique. L’échographie est privilégiée pendant la grossesse.
Un calcul de 6 mm peut-il s’éliminer seul ?
Parfois : environ un tiers des calculs de 6 mm s’éliminent spontanément, contre 65 % à 5 mm. Pour un calcul de 5 à 10 mm, un traitement expulsif par tamsulosine (hors AMM) peut être proposé.
Pourquoi faut-il analyser le calcul ?
Parce que sa composition oriente la cause et la prévention des récidives, qui touchent environ la moitié des patients à 5 ans. L’analyse se fait par spectrophotométrie infrarouge.
Faut-il supprimer les produits laitiers après un calcul ?
Non : un apport normal en calcium (800 à 1 000 mg par jour) est recommandé ; c’est l’excès de sel et de protéines animales qu’il faut limiter, avec une diurèse de plus de 2 litres par jour.
Comment éviter une nouvelle colique néphrétique ?
En buvant suffisamment pour uriner plus de 2 litres par jour, en répartissant les boissons y compris le soir, en limitant le sel à 8 g par jour, en modérant les protéines animales et en faisant le bilan prescrit après le premier calcul.
Voir aussi sur ordonnance.net
Sources et recommandations
- AFU · CLAFU — Prise en charge des calculs et de la lithiase urinaires : diagnostic, traitement, suivi et prévention secondaire (argumentaire) (Novembre 2022)
- SFMU · AFU — Actualisation 2008 de la 8e conférence de consensus : prise en charge des coliques néphrétiques de l’adulte dans les services d’urgences (Prog Urol 2009;19:462-73) (2008)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP de l’ibuprofène (Consulté en octobre 2026)