Goutte : conduite à tenir
Crise, traitement hypo-uricémiant, uricémie cible · Rhumatologie · Sources : SFR 2020
L’essentiel
- Crise : arthrite aiguë très douloureuse, souvent du gros orteil ; diagnostic de certitude par la ponction (cristaux d’urate). Éliminer une arthrite septique.
- Traiter la crise le plus tôt possible (dans les 12 premières heures) : colchicine 1 mg puis 0,5 mg une heure après, puis 0,5 mg 2 à 3 fois par jour ; ou AINS ; ou prednisone 30 à 35 mg/j pendant 3 à 5 jours ; glace et repos.
- DFG < 30 : colchicine contre-indiquée ; corticoïde oral ou injection intra-articulaire. Pas de colchicine avec un macrolide ou la pristinamycine.
- Traitement hypo-uricémiant dès le diagnostic de goutte, à vie, débuté à distance de la crise : allopurinol en 1re intention (DFG > 60), fébuxostat si DFG < 30 (sauf maladie cardiovasculaire sévère).
- Uricémie cible < 300 µmol/L (50 mg/L), au moins < 360 µmol/L (60 mg/L) ; contrôler 1 à 2 fois par an une fois la cible atteinte.
- Allopurinol : 50 à 100 mg/j, augmenté par paliers de 50 à 100 mg toutes les 2 à 4 semaines ; dose maximale selon la clairance de la créatinine.
- Prophylaxie des crises : colchicine 0,5 à 1 mg/j pendant au moins 6 mois au début du traitement hypo-uricémiant.
- Éducation : arrêt de l’alcool (bière comprise) et des sodas sucrés, perte de poids ; dépister HTA, diabète, dyslipidémie, insuffisance rénale.
À ne pas manquer
- Arthrite septique : fièvre, frissons, terrain fragile, prothèse → ponction et avis en urgence
- Colchicine : diarrhée, nausées, vomissements = premiers signes de surdosage ; arrêter
- Colchicine contre-indiquée avec macrolides (sauf spiramycine), pristinamycine et en cas d’insuffisance rénale sévère
- Allopurinol : arrêter à la moindre éruption cutanée (toxidermie grave possible, surtout en début de traitement)
Colchicine, allopurinol et fonction rénale
Calcul de la clairance de la créatinine (Cockcroft-Gault) et adaptation de la posologie à la fonction rénale.
- Colchicine, clairance ≥ 60 mL/min : posologie habituelle (prudence et dose réduite après 75 ans)
- Colchicine, clairance ≥ 30 mL/min : insuffisance rénale modérée : commencer à 0,5 mg ; prophylaxie 0,5 mg un jour sur deux ; surveillance
- Colchicine, clairance ≥ 0 mL/min : contre-indiquée
- Allopurinol (dose maximale), clairance > 100 mL/min : pas de plafond rénal ; dose selon l’uricémie
- Allopurinol (dose maximale), clairance ≥ 80 mL/min : 300 mg par jour
- Allopurinol (dose maximale), clairance ≥ 40 mL/min : 200 mg par jour
- Allopurinol (dose maximale), clairance ≥ 20 mL/min : 100 mg par jour (SFR : éviter si DFG < 30, préférer le fébuxostat)
- Allopurinol (dose maximale), clairance ≥ 0 mL/min : 100 mg un jour sur deux (à éviter)
- Fébuxostat, clairance ≥ 30 mL/min : 80 mg par jour, 120 mg si besoin ; pas d’adaptation
- Fébuxostat, clairance ≥ 0 mL/min : peu évalué sous 30 mL/min ; utilisable avec prudence
Diagnostic de la goutte
- Maladie due aux cristaux d’urate de sodium formés en cas d’hyperuricémie prolongée ; la plus fréquente des arthrites (environ 1 % des adultes en France).
- Crises douloureuses récidivantes, souvent de la 1re articulation métatarso-phalangienne ; en l’absence de traitement : tophus et arthropathie destructrice.
- Diagnostic de certitude : cristaux à la ponction ; l’uricémie peut être normale pendant la crise.
- Comorbidités fréquentes : HTA, diabète de type 2, dyslipidémie, maladie rénale chronique, maladies cardiovasculaires ; la goutte est un facteur de risque de mortalité prématurée.
- Diurétiques thiazidiques et de l’anse, bêtabloquants, aspirine à faible dose, ciclosporine, tacrolimus.
- Si possible, préférer des molécules qui baissent l’uricémie : losartan, fénofibrate, atorvastatine, amlodipine.
Traitement de la goutte
Crise
| Traitement | Modalités |
|---|---|
| Colchicine | 1 mg puis 0,5 mg 1 h après (dans les 12 premières heures), puis 0,5 mg 2 à 3 fois par jour |
| AINS | Dose anti-inflammatoire quelques jours ; place limitée (toxicité rénale et cardiovasculaire) |
| Prednisone | 30 à 35 mg/j pendant 3 à 5 jours ; à privilégier si colchicine contre-indiquée ou insuffisance rénale sévère |
| Infiltration de corticoïde | Après ponction, mono-arthrite accessible |
| Canakinumab | Exceptionnel, goutte sévère sans autre option |
Associer glace et repos. Le patient doit disposer d’une ordonnance pour traiter lui-même une nouvelle crise dès les premiers symptômes.
Traitement de fond
- Indiqué dès que le diagnostic de goutte est posé, à vie ; débuté à distance de la crise.
- Cible : uricémie < 300 µmol/L (50 mg/L) chez tous les goutteux, au moins < 360 µmol/L (60 mg/L).
- DFG > 60 : allopurinol 50 à 100 mg/j, paliers de 50 à 100 mg toutes les 2 à 4 semaines.
- DFG 30 à 60 : allopurinol avec prudence (50 mg/j), ou fébuxostat.
- DFG < 30 : éviter l’allopurinol, préférer le fébuxostat.
- Fébuxostat : prudence, à éviter en cas de maladie cardiovasculaire sévère (surmortalité dans l’essai CARES).
- Prophylaxie : colchicine 0,5 à 1 mg/j pendant au moins 6 mois et augmentation progressive des doses.
Mode de vie
- Supprimer l’alcool (bière avec ou sans alcool comprise) et les boissons sucrées au fructose.
- Perte de poids en cas de surpoids ; activité physique régulière.
- Les mesures diététiques seules baissent peu l’uricémie : elles complètent le traitement sans le remplacer.
- Prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire et de l’insuffisance rénale.
Ordonnances types pour la goutte
Colchicine (crise de goutte)
- Colchicine 1 mg, comprimé sécable : Dès les premiers symptômes : 1 comprimé, puis ½ comprimé (0,5 mg) une heure plus tard. Les jours suivants : ½ comprimé 2 à 3 fois par jour selon l’évolution. Réduire ou arrêter en cas de diarrhée.
Corticoïde oral (crise de goutte)
- Prednisone 20 mg, comprimé : 30 à 35 mg par jour en une prise le matin (1½ comprimé), pendant 3 à 5 jours.
Allopurinol + prophylaxie par colchicine
- Allopurinol 100 mg, comprimé : 1 comprimé par jour après un repas (½ comprimé si DFG 30 à 60). Augmentation de 50 à 100 mg toutes les 2 à 4 semaines selon l’uricémie, sans dépasser la dose maximale permise par la clairance de la créatinine.
- Colchicine 1 mg, comprimé sécable : ½ à 1 comprimé par jour pendant au moins 6 mois (½ comprimé un jour sur deux si insuffisance rénale modérée).
- Uricémie et créatininémie : Avant chaque augmentation de dose, puis 1 à 2 fois par an quand la cible est atteinte.
Fébuxostat
- Fébuxostat 80 mg, comprimé pelliculé : 1 comprimé par jour. Si l’uricémie reste au-dessus de 357 µmol/L après 2 à 4 semaines : 120 mg par jour.
- Uricémie : À 2 à 4 semaines, puis 1 à 2 fois par an.
Bilan de la goutte
- Uricémie, créatininémie avec DFG
- Glycémie à jeun, bilan lipidique, NFS
- Bandelette urinaire
Conseils au patient
- Les crises sont dues à des cristaux d’acide urique dans les articulations ; le traitement de fond les dissout peu à peu.
- Gardez toujours votre traitement de crise : prenez-le dès les premiers signes, c’est plus efficace dans les 12 premières heures.
- Le traitement de fond (allopurinol ou fébuxostat) se prend tous les jours, à vie, même sans crise.
- Des crises peuvent survenir les premiers mois de traitement : ne l’arrêtez pas.
- Supprimez l’alcool, y compris la bière, et les sodas sucrés ; perdez du poids si besoin.
- Sous colchicine : arrêtez et consultez en cas de diarrhée, nausées ou vomissements.
- Sous allopurinol : arrêtez et consultez immédiatement en cas d’éruption cutanée.
- Signalez la colchicine à tout médecin qui vous prescrit un antibiotique (certains sont contre-indiqués).
Questions fréquentes sur la goutte
Comment traiter une crise de goutte ?
Le plus tôt possible : colchicine 1 mg puis 0,5 mg une heure plus tard, puis 0,5 mg 2 à 3 fois par jour les jours suivants ; ou un AINS ; ou de la prednisone 30 à 35 mg par jour pendant 3 à 5 jours. Glace et repos de l’articulation. En cas d’insuffisance rénale sévère, corticoïde oral ou infiltration.
Quelle dose de colchicine pour une crise de goutte ?
1 mg dans les 12 premières heures, suivi de 0,5 mg une heure plus tard, puis 0,5 mg 2 à 3 fois par jour selon l’évolution. La dose est réduite chez le sujet âgé et en cas d’insuffisance rénale modérée ; la colchicine est contre-indiquée si la clairance est inférieure à 30 mL/min et avec les macrolides ou la pristinamycine.
Quand commencer un traitement hypo-uricémiant ?
Selon la Société française de rhumatologie (2020), dès que le diagnostic de goutte est posé, même après une première crise, à distance de l’accès aigu (souvent environ une semaine après), et à vie.
Quelle est l’uricémie cible dans la goutte ?
Moins de 300 µmol/L (50 mg/L) chez tous les patients, ou au moins moins de 360 µmol/L (60 mg/L) si la première cible ne peut être atteinte. L’uricémie est ensuite contrôlée 1 à 2 fois par an.
Comment débuter l’allopurinol ?
À 50 ou 100 mg par jour, puis augmentation par paliers de 50 à 100 mg toutes les 2 à 4 semaines jusqu’à l’uricémie cible, sans dépasser la dose maximale permise par la clairance de la créatinine. On associe de la colchicine 0,5 à 1 mg par jour pendant au moins 6 mois pour prévenir les crises.
Quelle dose maximale d’allopurinol en cas d’insuffisance rénale ?
Selon le RCP : 300 mg par jour pour une clairance entre 80 et 100 mL/min, 200 mg entre 40 et 80, 100 mg entre 20 et 40, et 100 mg un jour sur deux en dessous de 20. La SFR recommande d’éviter l’allopurinol si le DFG est inférieur à 30 et de préférer le fébuxostat.
Quand préférer le fébuxostat ?
En cas de DFG inférieur à 30, ou d’intolérance à l’allopurinol, à la dose de 80 mg par jour (120 mg si besoin). Il est déconseillé en cas de maladie cardiovasculaire sévère, sauf en l’absence d’alternative.
Faut-il arrêter l’allopurinol pendant une crise ?
Non. Une crise survenant sous traitement hypo-uricémiant se traite sans arrêter le traitement de fond, qui doit être poursuivi à vie.
Quels aliments et boissons éviter en cas de goutte ?
Surtout l’alcool, y compris la bière avec ou sans alcool, et les boissons sucrées au fructose. La perte de poids et l’activité physique aident, mais le régime seul baisse peu l’uricémie et ne remplace pas le traitement.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : crise de goutte
- Ordonnance type : goutte, traitement de fond
- Conduite à tenir : hypertension artérielle
- Conduite à tenir : dyslipidémie et risque cardiovasculaire
- Conduite à tenir : diabète de type 2
Sources et recommandations
- SFR — Recommandations de la Société française de rhumatologie pour la prise en charge de la goutte : le traitement hypo-uricémiant (Rev Rhum 2020;87:332-41) (2020)
- SFR — 2020 Recommendations from the French Society of Rheumatology for the management of gout: management of acute flares (Joint Bone Spine 2020) (2020)
- VIDAL — Goutte : un éventail de traitements pour une prise en charge adaptée au profil de chaque patient (synthèse des recommandations) (Octobre 2021)
- ANSM · EMA — RCP de la colchicine (Colchicine Opocalcium), de l’allopurinol (tableau d’adaptation rénale) et du fébuxostat (Adenuric) (Consulté en octobre 2026)