Dyslipidémie et risque cardiovasculaire : conduite à tenir

LDL-cholestérol : risque SCORE2, objectifs, statines · Cardiologie, Endocrinologie, Prévention · Sources : ESC/EAS 2025

L’essentiel

Situations à repérer

Calculateur SCORE2 : risque cardiovasculaire et objectif LDL

Calculateur du risque cardiovasculaire à 10 ans (SCORE2 et SCORE2-OP) avec objectif de LDL-cholestérol.

Friedewald (en g/L) : LDL = cholestérol total − HDL − triglycérides / 5, valable si les triglycérides sont < 3,4 g/L. Non-HDL = cholestérol total − HDL.

Évaluer le risque cardiovasculaire et la dyslipidémie

Catégories de risque (ESC/EAS 2025)

RisqueSituations
Très élevéMaladie cardiovasculaire athéromateuse avérée (clinique ou plaque significative en imagerie) ; diabète avec atteinte d’organe cible, ≥ 3 facteurs de risque majeurs ou type 1 précoce de plus de 20 ans ; DFG < 30 ; SCORE2/SCORE2-OP ≥ 20 % ; hypercholestérolémie familiale avec maladie cardiovasculaire ou autre facteur de risque majeur
ÉlevéFacteur de risque isolé très élevé (cholestérol total > 3,10 g/L, LDL > 1,90 g/L, PA ≥ 180/110 mmHg) ; hypercholestérolémie familiale sans autre facteur de risque ; diabète sans atteinte d’organe, depuis ≥ 10 ans ou avec un autre facteur de risque ; DFG 30 à 59 ; SCORE2/SCORE2-OP 10 à < 20 %
ModéréDiabétique jeune (type 1 < 35 ans, type 2 < 50 ans) depuis moins de 10 ans sans autre facteur de risque ; SCORE2/SCORE2-OP 2 à < 10 %
FaibleSCORE2/SCORE2-OP < 2 %

Objectifs de LDL-cholestérol

RisqueObjectif LDLEn mmol/L
Faible< 1,16 g/L< 3,0
Modéré< 1,00 g/L< 2,6
Élevé< 0,70 g/L et baisse ≥ 50 %< 1,8
Très élevé< 0,55 g/L et baisse ≥ 50 %< 1,4
Récidive sous traitement maximal, atteinte polyvasculaire< 0,40 g/L (à discuter)< 1,0

Modificateurs de risque

Bilan lipidique
  • Cholestérol total, HDL, triglycérides, LDL (calculé ou dosé). Le jeûne n’est pas indispensable, sauf triglycérides élevés.
  • Éliminer une dyslipidémie secondaire : hypothyroïdie, syndrome néphrotique, cholestase, alcool, médicaments.

Traitement de la dyslipidémie

Stratégie

Statines

IntensitéMolécules et dosesBaisse du LDL
ForteAtorvastatine 40 à 80 mg ; rosuvastatine 20 à 40 mg≈ 50 %
ModéréeAtorvastatine 10 à 20 mg ; rosuvastatine 5 à 10 mg ; simvastatine 20 à 40 mg ; pravastatine 40 mg≈ 30 %

Autres traitements

TraitementPlaceEn France
Ézétimibe 10 mg/jAjout à la statine si objectif non atteint ; seul en cas d’intoléranceRemboursé
Acide bempédoïque 180 mg/jIntolérance aux statines (recommandé) ; ajout à statine ± ézétimibe si risque élevé ou très élevé (à envisager). Prudence en cas de goutteRemboursé si risque élevé ou très élevé avec intolérance ou contre-indication aux statines (HAS 2025)
Anti-PCSK9 (évolocumab, alirocumab)Objectif non atteint sous statine + ézétimibe, surtout en prévention secondaire ou hypercholestérolémie familialePrescription initiale annuelle par un spécialiste, accord préalable
InclisiranBaisse du LDL d’environ 50 % ; études de morbi-mortalité attendues en 2026-2027Remboursé seulement dans l’hypercholestérolémie familiale hétérozygote en prévention primaire, en 3e intention (HAS 2024)
Levure de riz rouge, complémentsNon recommandés (efficacité et sécurité non démontrées)—

Triglycérides

Suivi sous statine et intolérance

Symptômes musculaires sous statine
  • CPK > 10 fois la normale : arrêter la statine, contrôler la fonction rénale.
  • Sinon : réessayer une autre statine ou une dose plus faible, éventuellement un jour sur deux.
  • Intolérance persistante : ézétimibe, acide bempédoïque, voire anti-PCSK9 selon le risque.

Ordonnances types pour la dyslipidémie

Bilan initial

Statine d’intensité modérée

Statine de forte intensité

Statine + ézétimibe

Contrôle sous traitement

Conseils au patient

Questions fréquentes sur le cholestérol

Quel est l’objectif de LDL-cholestérol ?

Il dépend du risque cardiovasculaire : moins de 1,16 g/L si le risque est faible, moins de 1,00 g/L s’il est modéré, moins de 0,70 g/L avec une baisse d’au moins 50 % s’il est élevé, et moins de 0,55 g/L avec une baisse d’au moins 50 % s’il est très élevé (maladie cardiovasculaire avérée notamment).

Comment calculer le risque cardiovasculaire avec SCORE2 ?

SCORE2 (40 à 69 ans) et SCORE2-OP (70 à 89 ans) estiment le risque d’infarctus, d’AVC ou de décès cardiovasculaire à 10 ans à partir du sexe, de l’âge, du tabagisme, de la pression artérielle systolique, du cholestérol total et du HDL. La France utilise les coefficients de la région à faible risque. Risque faible < 2 %, modéré 2 à < 10 %, élevé 10 à < 20 %, très élevé ≥ 20 %.

À partir de quel taux de cholestérol faut-il une statine ?

Il n’y a pas de seuil unique : la décision dépend du risque et du LDL. Par exemple, une statine est recommandée si le risque est élevé avec un LDL ≥ 1,00 g/L, ou très élevé avec un LDL ≥ 0,70 g/L. En prévention secondaire, une statine de forte intensité est prescrite d’emblée.

Quelle statine choisir et à quelle dose ?

L’intensité dépend de la baisse de LDL nécessaire : forte intensité (atorvastatine 40 à 80 mg, rosuvastatine 20 à 40 mg) pour une baisse d’environ 50 %, intensité modérée (atorvastatine 10 à 20 mg, rosuvastatine 5 à 10 mg, simvastatine 20 à 40 mg) pour environ 30 %.

Comment calculer le LDL-cholestérol ?

Par la formule de Friedewald, en g/L : LDL = cholestérol total − HDL − triglycérides / 5. Elle n’est valable que si les triglycérides sont inférieurs à 3,4 g/L ; au-delà, le LDL doit être dosé directement.

Que faire en cas d’intolérance aux statines ?

Si les CPK sont normales ou peu élevées, essayer une autre statine ou une dose plus faible. En cas d’intolérance persistante, l’ézétimibe, l’acide bempédoïque ou, selon le risque, un anti-PCSK9 sont des alternatives au bénéfice cardiovasculaire démontré.

Faut-il doser la lipoprotéine(a) ?

Oui, au moins une fois dans la vie selon les recommandations européennes. Une Lp(a) supérieure à 50 mg/dL (105 nmol/L) augmente le risque cardiovasculaire et peut faire passer un patient dans une catégorie de risque supérieure.

La levure de riz rouge est-elle efficace contre le cholestérol ?

Les recommandations européennes 2025 ne recommandent pas les compléments alimentaires pour réduire le risque cardiovasculaire : leur efficacité et leur sécurité ne sont pas démontrées. L’Union européenne a interdit les compléments apportant 3 mg ou plus de monacolines par jour.

Quelle surveillance sous statine ?

Un bilan lipidique environ 8 semaines après le début ou une modification du traitement, puis une fois par an quand l’objectif est atteint. Les transaminases sont contrôlées avant et 8 à 12 semaines après le début ; les CPK seulement en cas de symptômes musculaires.

Voir aussi sur ordonnance.net

Sources et recommandations

  1. ESC · EAS — 2025 Focused Update of the 2019 ESC/EAS Guidelines for the management of dyslipidaemias (Eur Heart J 2025;46:4359-78) (Août 2025)
  2. ESC · EAS — 2019 ESC/EAS Guidelines for the management of dyslipidaemias (Eur Heart J 2020;41:111-88) (2019)
  3. ESC — 2021 ESC Guidelines on cardiovascular disease prevention in clinical practice (Eur Heart J 2021;42:3227-337) (2021)
  4. SCORE2 working group — SCORE2 risk prediction algorithms: new models to estimate 10-year risk of cardiovascular disease in Europe (Eur Heart J 2021;42:2439-54) (2021)
  5. SCORE2-OP working group — SCORE2-OP risk prediction algorithms: estimating incident cardiovascular event risk in older persons (Eur Heart J 2021;42:2455-67) (2021)
  6. HAS — Principales dyslipidémies : stratégies de prise en charge — recommandation abrogée le 21 novembre 2018 (2017, abrogée en 2018)
  7. HAS — Nilemdo (acide bempédoïque) : avis de la Commission de la transparence (Février 2025)
  8. HAS — Leqvio (inclisiran) : avis de la Commission de la transparence (Août 2024)
  9. VIDAL — Praluent, Repatha : prescription initiale élargie aux médecins vasculaires et aux neurologues (2022)