Épisode dépressif caractérisé de l’adulte : conduite à tenir

Diagnostic, risque suicidaire, antidépresseurs · Psychiatrie · Sources : HAS 2017

L’essentiel

Urgence : risque suicidaire élevé

Questionnaire PHQ-9 : calcul du score de dépression

Au cours des deux dernières semaines, à quelle fréquence le patient a-t-il été gêné par les problèmes suivants ? Aide au diagnostic et au suivi : l’intensité reste une évaluation clinique.

Diagnostic de l’épisode dépressif caractérisé

Le diagnostic est clinique (CIM-10). Les symptômes durent au moins 2 semaines, presque tous les jours, représentent un changement par rapport au fonctionnement antérieur et entraînent une détresse significative.

IntensitéSymptômesRetentissement
Légère2 principaux + 2 autresActivités poursuivies avec un effort supplémentaire
Modérée2 principaux + 3 à 4 autresIntermédiaire
Sévère3 principaux + au moins 4 autresDifficultés considérables, voire incapacité, au travail et dans la vie familiale et sociale
Bilan initial
  • Examen clinique à la recherche d’une maladie associée ; examens biologiques selon cet examen.
  • Diagnostics différentiels : autre trouble psychiatrique, médicaments, substances psychoactives (y compris sevrage du tabac), hypothyroïdie, maladie neurodégénérative.
  • Rechercher un trouble anxieux associé, une maltraitance, des facteurs de stress psychosociaux, les antécédents personnels et familiaux.

Sujet âgé

Évaluer le risque suicidaire

RisqueLe patient en crise…Conduite
FaiblePense au suicide sans scénario précis ; cherche des solutions ; en lien de confiance avec le praticienRester vigilant, réévaluer
ModéréIntention claire ; scénario envisagé mais reporté ; ne voit pas d’autre recours ; équilibre fragile ; isoléHospitalisation ou suivi renforcé, avis psychiatrique
ÉlevéDécidé, passage à l’acte prévu dans les jours qui viennent ; accès à un moyen létal ; coupé de ses émotions ou très agité ; très isoléUrgence : hospitalisation, au besoin sans consentement

Traitement de la dépression de l’adulte

Stratégie

IntensitéPrise en charge
Symptômes subsyndromiquesSoutien, réévaluation ; pas d’antidépresseur
LégèrePsychothérapie de soutien par le médecin généraliste (ou avis psychiatrique) ; pas d’antidépresseur
ModéréePsychothérapie de soutien et/ou antidépresseur, selon le choix du patient ; ou avis psychiatrique
SévèreAntidépresseur + avis psychiatrique avec psychothérapie ; hospitalisation selon la situation

Antidépresseurs

Choisir l’antidépresseur le mieux toléré, le moins toxique en surdosage et le plus simple à prescrire, à dose efficace.

MoléculeDose initialeDose maximaleRemarques
Sertraline (ISRS)50 mg/j200 mg/jPaliers de 50 mg, au plus une fois par semaine ; pendant le repas
Escitalopram (ISRS)10 mg/j20 mg/jAprès 65 ans : 5 mg/j, maximum 10 mg/j
Paroxétine (ISRS)20 mg/j50 mg/jSujet âgé : maximum 40 mg/j ; syndrome d’arrêt marqué
Fluoxétine (ISRS)20 mg/j60 mg/jDemi-vie longue
Venlafaxine LP (IRSN)75 mg/j375 mg/jPaliers d’au moins 2 semaines ; surveiller la PA
Duloxétine (IRSN)60 mg/j120 mg/jIntérêt de l’augmentation au-delà de 60 mg non établi
Mirtazapine15 ou 30 mg/j45 mg/jSédation, prise de poids

Suivi et arrêt

Situations particulières

Ordonnances types pour la dépression

Sertraline (ISRS)

Escitalopram (ISRS)

Venlafaxine LP (IRSN)

Mirtazapine (« autres antidépresseurs »)

Conseils au patient

Questions fréquentes sur la dépression

Comment diagnostiquer une dépression ?

Le diagnostic est clinique : au moins deux symptômes principaux (humeur dépressive, perte d’intérêt, perte d’énergie) et au moins deux autres symptômes (concentration, estime de soi, culpabilité, pessimisme, idées suicidaires, sommeil, appétit), presque tous les jours depuis au moins deux semaines, avec un changement par rapport à l’état habituel et une détresse.

Comment interpréter le score PHQ-9 ?

Le PHQ-9 va de 0 à 27 : 0 à 4 symptômes minimes, 5 à 9 légers, 10 à 14 modérés, 15 à 19 modérément sévères, 20 à 27 sévères. Toute réponse positive à la question 9 (idées de mort ou d’automutilation) impose d’évaluer le risque suicidaire. C’est une aide : l’intensité reste une évaluation clinique.

Faut-il un antidépresseur pour une dépression légère ?

Non. La HAS recommande de ne pas prescrire d’antidépresseur pour un épisode dépressif léger ni pour des symptômes subsyndromiques. La psychothérapie de soutien par le médecin généraliste est le traitement de première intention.

Quel antidépresseur prescrire en première intention ?

Un ISRS (sertraline, escitalopram, fluoxétine, paroxétine), un IRSN (venlafaxine, duloxétine) ou un antidépresseur de la classe « autres » comme la mirtazapine. Le choix se fait sur la tolérance, la toxicité en cas de surdosage et la simplicité de prescription. Tianeptine et agomélatine sont en troisième intention.

Combien de temps dure un traitement antidépresseur ?

Six mois à un an après la rémission pour prévenir la rechute, et au moins un an chez le sujet âgé. L’arrêt doit être progressif, sur plusieurs semaines ou mois, et accompagné par le médecin.

Comment évaluer le risque suicidaire ?

En posant directement la question, avec tact : idées, fréquence, scénario, date envisagée, préparatifs, accès à des moyens létaux, isolement, facteurs de protection. Un risque élevé est une urgence qui justifie une hospitalisation, au besoin sans consentement. Le 3114 est joignable 24 h/24.

Quand faut-il hospitaliser un patient déprimé ?

En cas de scénario suicidaire construit et imminent, de risque immédiat d’automutilation, de potentiel de violence, de symptômes psychotiques ou somatiques sévères, de forte agitation, de sevrage d’une substance psychoactive, ou chaque fois que la situation l’exige.

Les séances de psychologue sont-elles remboursées ?

Oui, avec Mon soutien psy : jusqu’à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, à 50 € la séance remboursée à 60 % par l’Assurance maladie, le reste par la complémentaire. Depuis juin 2024, l’accès est direct, sans ordonnance, pour les troubles légers à modérés.

Quand revoir un patient qui débute un antidépresseur ?

À une semaine puis à deux semaines, pour rechercher idées suicidaires, agitation et effets indésirables, puis évaluer l’efficacité à quatre à huit semaines. Les effets indésirables précèdent souvent l’amélioration et doivent être annoncés au patient.

Voir aussi sur ordonnance.net

Sources et recommandations

  1. HAS — Épisode dépressif caractérisé de l’adulte : prise en charge en premier recours (recommandation de bonne pratique) (Octobre 2017)
  2. HAS — Fiche de synthèse : diagnostic (critères, intensité, risque suicidaire, hospitalisation) (Octobre 2017)
  3. HAS — Fiche de synthèse : prise en charge thérapeutique et suivi (Octobre 2017)
  4. HAS — Argumentaire diagnostic (annexe 5 : PHQ-9 en français) (Octobre 2017)
  5. Kroenke K. et al. — The PHQ-9: validity of a brief depression severity measure (J Gen Intern Med 2001;16:606-13) (2001)
  6. ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP (rubrique 4.2) de la sertraline, de l’escitalopram, de la paroxétine, de la fluoxétine, de la venlafaxine, de la duloxétine et de la mirtazapine (Consulté en octobre 2026)
  7. Assurance maladie — Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy (Consulté en octobre 2026)
  8. 3114 — Numéro national de prévention du suicide (Consulté en octobre 2026)