Céphalée de tension : guideline et conduite à tenir
Diagnostic, traitement de la crise, prévention par amitriptyline, abus médicamenteux · Neurologie · Sources : NICE 2025, EFNS 2010
L’essentiel
- Céphalée de tension : douleur des deux côtés, en étau ou en pression (non pulsatile), légère à modérée, non aggravée par l’activité, sans nausée ; c’est la céphalée la plus fréquente.
- Rechercher d’abord les signes d’alerte : début brutal, fièvre, déficit neurologique, troubles de la conscience, céphalée qui change nettement de caractère.
- Diagnostic clinique, avec un agenda des céphalées (fréquence, intensité, médicaments pris) ; pas d’imagerie pour rassurer.
- Classer selon la fréquence : épisodique rare (moins d’1 jour par mois), épisodique fréquente (1 à 14 jours par mois), chronique (15 jours par mois ou plus depuis plus de 3 mois).
- Crise : ibuprofène (200 à 800 mg), paracétamol 1 g ou aspirine (500 à 1 000 mg) ; pas d’opioïde, ni de triptan, ni de myorelaxant.
- Risque de céphalée par abus médicamenteux : antalgiques simples 15 jours par mois ou plus, associations, opioïdes ou triptans 10 jours par mois ou plus.
- Prévention si céphalée chronique (ou épisodique très fréquente) : amitriptyline 10 mg le soir, puis augmentation progressive (habituellement 25 à 75 mg) ; effet en 2 à 4 semaines.
- Traitements non médicamenteux pour tous : information, repérage des facteurs déclenchants, relaxation, biofeedback, TCC, kinésithérapie ; acupuncture en cas de céphalée chronique.
Signes d’alerte : avis ou examens rapides
- Céphalée brutale, maximale en moins de 5 minutes
- Céphalée avec fièvre, raideur de la nuque
- Déficit neurologique, troubles de la conscience, de la mémoire ou changement de personnalité
- Céphalée déclenchée par la toux, l’effort, ou qui varie avec la position
- Traumatisme crânien récent ; signes d’artérite temporale (troubles visuels, douleur de la mâchoire en mâchant) ; œil rouge douloureux (glaucome aigu)
- Changement net des caractères habituels de la céphalée ; immunodépression, antécédent de cancer
Diagnostic de la céphalée de tension
- Céphalée de 30 minutes à 7 jours (épisodique) ou présente des heures voire en continu (chronique), avec au moins 2 de ces caractères : des deux côtés, en étau ou en pression, intensité légère à modérée, non aggravée par la marche ou les escaliers.
- Pas de nausée ni de vomissement ; au plus une gêne à la lumière ou au bruit (classification internationale des céphalées).
- Examen neurologique normal ; le diagnostic se confirme par un agenda des céphalées tenu au moins 4 à 8 semaines (fréquence, durée, intensité, médicaments, facteurs déclenchants).
- Pas d’imagerie pour rassurer ; elle se discute seulement devant un signe d’alerte ou une céphalée atypique.
| Céphalée de tension | Migraine | |
|---|---|---|
| Localisation | Des deux côtés | D’un côté ou des deux |
| Type de douleur | En étau, en pression | Pulsatile |
| Intensité | Légère à modérée | Modérée à sévère |
| Activité | Non aggravée | Aggravée, ou évitée |
| Signes associés | Aucun | Nausées, gêne à la lumière et au bruit |
| Durée | 30 minutes à continue | 4 à 72 heures (adulte) |
| Forme | Fréquence |
|---|---|
| Épisodique rare | Moins d’1 jour par mois |
| Épisodique fréquente | 1 à 14 jours par mois, depuis au moins 3 mois |
| Chronique | 15 jours par mois ou plus, depuis plus de 3 mois |
Traitement de la céphalée de tension
| Crise (EFNS) | Dose | Commentaire |
|---|---|---|
| Ibuprofène | 200 à 800 mg | AINS le mieux toléré ; 400 mg : AINS de choix (EFNS) |
| Paracétamol | 1 000 mg | Mieux toléré pour l’estomac, un peu moins efficace que les AINS |
| Aspirine | 500 à 1 000 mg | Pas avant 16 ans |
| Naproxène, kétoprofène, diclofénac | Doses usuelles | Pas d’AINS supérieur aux autres |
| Associations avec caféine | — | 2e choix : plus efficaces mais risque accru d’abus médicamenteux |
- Opioïdes et associations avec codéine : risque d’abus médicamenteux (NICE, EFNS).
- Triptans et myorelaxants : pas d’efficacité démontrée dans la céphalée de tension.
- Imagerie seulement pour rassurer.
| Prévention (EFNS) | Dose par jour | Place |
|---|---|---|
| Amitriptyline | 25 à 75 mg le soir (début 10 mg) | 1er choix, AMM en France |
| Mirtazapine | 30 mg | 2e choix |
| Venlafaxine | 150 mg | 2e choix |
- Information et réassurance, repérage des facteurs déclenchants (agenda).
- Biofeedback (efficacité établie), thérapie cognitivo-comportementale et relaxation.
- Kinésithérapie et acupuncture pour les céphalées fréquentes ; NICE : jusqu’à 10 séances d’acupuncture sur 5 à 8 semaines dans la forme chronique.
- Traiter une anxiété ou une dépression associée.
Céphalée par abus médicamenteux
- À évoquer quand la céphalée apparaît ou s’aggrave sous antalgiques pris depuis 3 mois ou plus : paracétamol, aspirine ou AINS 15 jours par mois ou plus, ou triptans, opioïdes ou associations 10 jours par mois ou plus.
- Traitement : arrêter tous les antalgiques pris en excès, d’un coup, pendant au moins 1 mois ; la céphalée s’aggrave souvent au début, puis s’améliore.
- Envisager un traitement de fond en même temps ; suivi rapproché ; réévaluation 4 à 8 semaines après le début du sevrage.
- Sevrage à l’hôpital seulement en cas d’opioïdes forts, de comorbidités importantes ou d’échecs répétés.
Ordonnances types : céphalée de tension
Crise : ibuprofène
- Ibuprofène 400 mg, comprimé : 1 comprimé au début de la céphalée, au cours d’un repas ; à renouveler si besoin après 6 heures, 3 comprimés par jour au maximum.
Crise : paracétamol
- Paracétamol 1 g, comprimé : 1 comprimé au début de la céphalée ; à renouveler si besoin après au moins 4 heures, 3 comprimés par jour au maximum.
Crise : aspirine (après 16 ans)
- Acide acétylsalicylique 500 mg, comprimé : 1 à 2 comprimés (500 mg à 1 g) au début de la céphalée ; à renouveler si besoin après au moins 4 heures, 3 g par jour au maximum.
Prévention : amitriptyline le soir
- Amitriptyline 40 mg/mL, solution buvable en gouttes (1 goutte = 1 mg) : Débuter à 10 gouttes (10 mg) le soir, 1 à 2 heures avant le coucher, puis augmenter progressivement tous les 3 à 7 jours selon la tolérance jusqu’à la dose efficace, habituellement 25 à 75 gouttes (25 à 75 mg) le soir.
Kinésithérapie
- Séances de masso-kinésithérapie : Bilan-diagnostic kinésithérapique et rééducation, dans le cadre de céphalées de tension fréquentes.
Conseils au patient
- La céphalée de tension est fréquente et bénigne : elle ne cache pas de maladie grave quand l’examen est normal.
- Notez vos maux de tête dans un agenda : jours, durée, intensité, médicaments pris et circonstances.
- Prenez l’antalgique à la bonne dose, moins de 15 jours par mois (moins de 10 pour les médicaments associés) : au-delà, les médicaments peuvent eux-mêmes entretenir les maux de tête.
- Repérez grâce à l’agenda ce qui déclenche vos maux de tête, le stress notamment.
- La relaxation, la respiration et la gestion du stress aident à espacer les crises.
- Le traitement de fond (amitriptyline) agit en 2 à 4 semaines ; il peut faire dormir : prenez-le le soir.
- Consultez en urgence en cas de mal de tête brutal et violent, avec fièvre, raideur de la nuque, trouble de la vue, de la parole ou faiblesse d’un membre.
Questions fréquentes sur la céphalée de tension
Comment reconnaître une céphalée de tension ?
C’est un mal de tête des deux côtés, qui serre comme un étau ou appuie, d’intensité légère à modérée, qui n’est pas aggravé par la marche ou les escaliers et ne donne pas de nausée. Il dure de 30 minutes à plusieurs jours.
Quelle différence entre céphalée de tension et migraine ?
La migraine est souvent d’un seul côté, pulsatile, plus intense, aggravée par l’effort, avec des nausées et une gêne à la lumière et au bruit. La céphalée de tension est des deux côtés, en étau, plus modérée, sans nausée.
Quel médicament prendre pour une céphalée de tension ?
L’ibuprofène (400 mg), le paracétamol à la dose de 1 g ou l’aspirine (500 mg à 1 g, après 16 ans). Les opioïdes, la codéine, les triptans et les myorelaxants ne sont pas recommandés.
Combien de jours par mois peut-on prendre un antalgique ?
Moins de 15 jours par mois pour le paracétamol, l’aspirine ou les anti-inflammatoires, et moins de 10 jours par mois pour les associations, les triptans ou les opioïdes. Au-delà, pendant plus de 3 mois, les médicaments peuvent entretenir les maux de tête (céphalée par abus médicamenteux).
Faut-il faire un scanner ou une IRM pour une céphalée de tension ?
Non, si l’examen est normal et en l’absence de signe d’alerte. L’imagerie n’est pas recommandée pour rassurer ; elle se discute devant une céphalée brutale, avec fièvre, un déficit neurologique, une céphalée qui change ou s’aggrave.
Quel traitement de fond pour une céphalée de tension chronique ?
L’amitriptyline, qui a l’AMM dans cette indication : on commence à faible dose le soir et on augmente progressivement, habituellement jusqu’à 25 à 75 mg. L’effet apparaît en 2 à 4 semaines.
Les traitements sans médicament sont-ils efficaces ?
Oui : le biofeedback a une efficacité établie ; la relaxation, la thérapie cognitivo-comportementale, la kinésithérapie et l’acupuncture peuvent aussi aider, surtout dans les formes fréquentes ou chroniques.
Le stress peut-il provoquer des céphalées de tension ?
Le stress, l’anxiété et la dépression sont souvent associés aux formes fréquentes et chroniques. Les repérer et les traiter fait partie de la prise en charge.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : céphalée de tension
- Conduite à tenir : migraine de l’adulte
- Ordonnance type : crise de migraine, 1re intention
- Conduite à tenir : trouble anxieux généralisé
- Conduite à tenir : épisode dépressif de l’adulte
- Conduite à tenir : insomnie
Sources et recommandations
- NICE — Headaches in over 12s: diagnosis and management (CG150) (2012, mise à jour juin 2025)
- EFNS (Fédération européenne des sociétés de neurologie) — Guideline on the treatment of tension-type headache (Bendtsen L. et al., Eur J Neurol 2010;17:1318-25) (2010)
- European Neurological Review — Overview of the EFNS guidelines on the treatment of tension-type headache (Bendtsen L.) (2011)
- ANSM, base publique des médicaments — RCP LAROXYL 40 mg/mL, solution buvable (amitriptyline) : prévention des céphalées de tension de l’adulte (2026)
Autres guidelines de médecine générale
- Douleurs neuropathiques : guideline et conduite à tenir
- Arthrose du genou (gonarthrose) : guideline et conduite à tenir
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Chaque conduite à tenir est rédigée à partir des recommandations officielles en accès libre (HAS, sociétés savantes, ANSM), citées avec leur date en bas de fiche. Les posologies sont vérifiées dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de la base de données publique des médicaments. Quand deux sources divergent, la fiche le signale. La date de la dernière vérification figure en tête de chaque fiche. Ces fiches ne remplacent pas le jugement clinique.