Phénomène de Raynaud : guideline et conduite à tenir
Doigts blancs et froids : maladie de Raynaud ou Raynaud secondaire, mesures, bilan, traitement · Médecine vasculaire, Médecine interne, Médecine générale · Sources : ameli 2026
L’essentiel
- Trouble réversible de la circulation des petits vaisseaux des extrémités, surtout des doigts : crise brutale, doigts blancs, froids, insensibles (« doigts morts »), parfois bleus, puis rouges et douloureux à la récupération.
- 90 % des cas : maladie de Raynaud (sans cause) : adolescente ou femme jeune, déclenchée par le froid, les deux mains, pouce épargné, doigts normaux entre les crises ; elle s’améliore plutôt avec l’âge.
- 10 % : Raynaud secondaire : début après 35 ans, homme, crises sans froid (même en été), une seule main avec atteinte du pouce, ulcérations ou cicatrices des doigts, autres symptômes.
- Causes secondaires : médicaments (bêtabloquants, y compris en collyre, dérivés de l’ergot de seigle, vasoconstricteurs nasaux, bléomycine, interféron, ciclosporine), drogues (cocaïne, cannabis, amphétamines), sclérodermie, lupus, Gougerot-Sjögren, maladie de Buerger, vibrations professionnelles.
- Traitement de base pour tous : protéger tout le corps du froid, moufles, éviter les changements brusques de température, arrêt du tabac, éviter la caféine quelques semaines, activité physique.
- Pendant une crise : réchauffer les doigts sous l’eau tiède (pas très chaude) jusqu’au retour de la couleur et de la sensibilité.
- Signe d’alerte ou cause suspectée : anticorps antinucléaires, capillaroscopie péri-unguéale (normale dans la maladie de Raynaud), écho-doppler artériel des membres supérieurs ; rechercher un canal carpien associé.
- Gêne persistante malgré les mesures : inhibiteurs calciques (nifédipine, amlodipine, diltiazem, nicardipine), en continu ou pendant les saisons froides ; formes sévères avec lésions (sclérodermie) : iloprost IV à l’hôpital.
Raynaud secondaire possible : consulter
- Premier épisode après 35 ans, ou chez un homme
- Atteinte d’un seul côté ou asymétrique, pouce atteint, crises sans exposition au froid
- Ulcérations du bout des doigts, doigts boudinés, symptômes qui s’aggravent
- Difficultés à avaler, bouche ou yeux secs, douleurs articulaires, fatigue, douleurs musculaires
- Maladie chronique, médicament (y compris collyre), métier ou sport avec vibrations ou chocs de la main
Phénomène de Raynaud : les 3 phases d’une crise
| Phase | Signes | Durée |
|---|---|---|
| Blanche (ischémique, syncopale) | Doigts blancs, froids, insensibles, bien délimités : « doigts morts » | Quelques minutes, parfois plus |
| Bleue (asphyxique), parfois absente | Doigts bleus, picotements souvent douloureux | Quelques minutes |
| Rouge (récupération) | Doigts recolorés, chauds, gonflés, sensibles, sensation de brûlure | Retour à la normale en quelques minutes |
- La crise peut toucher un seul doigt, voire une phalange, puis s’étendre à plusieurs doigts, parfois aux orteils, au nez, aux oreilles, voire à la langue.
- Déclencheurs : froid, changement de température, humidité, émotions, stress ; facteurs favorisants : tabac, caféine (café, thé, boissons énergisantes).
Maladie de Raynaud ou Raynaud secondaire : comment les distinguer ?
| Maladie de Raynaud (90 %) | Raynaud secondaire (10 %) | |
|---|---|---|
| Terrain | Adolescente, femme jeune, plutôt mince (6 % des femmes de 25 à 40 ans) | Les deux sexes, après 35 ans |
| Déclenchement | Froid ; pas de crise quand il fait chaud | Spontané, crises même en été |
| Topographie | Deux mains, pouce rarement touché | Souvent une seule main, pouce atteint |
| Entre les crises | Doigts normaux, sans ulcération ni cicatrice | Petites ulcérations, cicatrices possibles |
| Capillaroscopie | Normale | Anormale si maladie auto-immune |
| Évolution | Bénigne, s’améliore avec l’âge | Selon la cause |
Ordonnance type : bilan du phénomène de Raynaud
Bilan d’un Raynaud secondaire
- Anticorps antinucléaires : Recherche d’une maladie auto-immune.
- Capillaroscopie péri-unguéale : Sans vernis à ongles, sans fumer avant l’examen.
- Écho-doppler artériel des membres supérieurs : État des artères des bras ; Raynaud d’un seul côté, vibrations, chocs de la paume.
Conseils en cas de phénomène de Raynaud
- Couvrez tout le corps quand il fait froid (plusieurs épaisseurs, bonnet, écharpe), pas seulement les mains.
- Préférez les moufles aux gants, avec des gants de soie dessous si besoin ; chaussettes chaudes et chaussures assez larges.
- Évitez les changements brusques de température : climatisation, baignade en eau fraîche par temps chaud, aliments surgelés sans gants isothermes.
- Arrêtez de fumer : c’est essentiel.
- Essayez de supprimer le café, le thé et les boissons énergisantes pendant quelques semaines.
- Pendant une crise, passez vos mains sous l’eau tiède, jamais très chaude, jusqu’au retour de la couleur.
- Signalez à votre médecin vos médicaments, y compris les collyres et les gouttes pour le nez.
- Consultez si les crises apparaissent après 35 ans, touchent une seule main ou le pouce, surviennent sans froid, ou si des plaies apparaissent au bout des doigts.
Questions fréquentes sur le phénomène de Raynaud
Le phénomène de Raynaud est-il grave ?
Dans 90 % des cas, il s’agit d’une maladie de Raynaud, sans cause retrouvée : les symptômes sont gênants mais sans gravité et s’améliorent plutôt avec l’âge. Dans 10 % des cas, il est lié à une autre maladie, un médicament ou une activité, qu’il faut rechercher.
Pourquoi mes doigts deviennent-ils blancs au froid ?
Le froid provoque une contraction brutale et passagère des petites artères des doigts, qui prive les extrémités de sang : les doigts deviennent blancs et insensibles, parfois bleus, puis rouges en se réchauffant.
Que faire pendant une crise ?
Réchauffez vos doigts sous l’eau tiède, ou plongez les pieds dans une bassine d’eau tiède, jusqu’au retour d’une couleur et d’une sensibilité normales. Évitez l’eau très chaude, qui peut brûler.
Quand faut-il consulter ?
Si le premier épisode survient après 35 ans, chez un homme, d’un seul côté ou avec atteinte du pouce, sans exposition au froid, avec des plaies au bout des doigts, des difficultés à avaler, une sécheresse de la bouche ou des yeux, des douleurs articulaires, ou si les crises s’aggravent.
Quels examens peuvent être prescrits ?
Une recherche d’anticorps antinucléaires, une capillaroscopie (examen indolore des petits vaisseaux à la base des ongles au microscope) et parfois un écho-doppler des artères des bras.
Existe-t-il un médicament ?
Les mesures contre le froid et l’arrêt du tabac suffisent le plus souvent. En cas de gêne importante, le médecin peut proposer un inhibiteur calcique, en continu ou pendant l’hiver. Dans les formes sévères avec plaies, de l’iloprost peut être perfusé à l’hôpital.
Un médicament peut-il provoquer un Raynaud ?
Oui : les bêtabloquants (y compris en collyre), les dérivés de l’ergot de seigle, les vasoconstricteurs nasaux, certains traitements (bléomycine, interféron, ciclosporine), ainsi que la cocaïne, le cannabis et les amphétamines.
Le phénomène de Raynaud peut-il être une maladie professionnelle ?
Oui, s’il est dû aux vibrations d’outils ou aux chocs répétés de la paume : il peut être reconnu au titre du tableau n° 69 du régime général (29 pour le régime agricole).
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : phénomène de Raynaud
- Conduite à tenir : sevrage tabagique
- Conduite à tenir : artériopathie des membres inférieurs (AOMI)
- Conduite à tenir : sécheresse oculaire
Sources et recommandations
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Phénomène de Raynaud : définition, symptômes et causes ; doigts blancs et froids : que faire et quand consulter ; consultation et traitement (29 juin 2026)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP de la nifédipine LP (indications) (Consulté en novembre 2026)
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Chaque conduite à tenir est rédigée à partir des recommandations officielles en accès libre (HAS, sociétés savantes, ANSM), citées avec leur date en bas de fiche. Les posologies sont vérifiées dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de la base de données publique des médicaments. Quand deux sources divergent, la fiche le signale. La date de la dernière vérification figure en tête de chaque fiche. Ces fiches ne remplacent pas le jugement clinique.