Urticaire aiguë et chronique : conduite à tenir
Antihistaminique, quadruple dose, anaphylaxie · Dermatologie, Allergologie · Sources : SFD 2026, HAS 2018
L’essentiel
- Urticaire : papules ou plaques rouges, œdémateuses, prurigineuses et fugaces (moins de 24 heures au même endroit) ; angio-œdème = forme profonde (gonflement du visage, des lèvres, des paupières).
- Anaphylaxie (gêne respiratoire, voix modifiée, malaise, hypotension, troubles digestifs après une exposition) : adrénaline intramusculaire immédiatement, puis le 15 ; les antihistaminiques ne suffisent pas.
- Urticaire aiguë (moins de 6 semaines) : le plus souvent un épisode unique, d’origine virale, médicamenteuse ou alimentaire ; aucun examen ; antihistaminique H1 de 2e génération environ 1 semaine.
- Urticaire chronique spontanée (poussées quasi quotidiennes depuis au moins 6 semaines, sans déclencheur) : maladie non allergique ; pas de recherche d’IgE, pas de régime systématique.
- Palier 1 : anti-H1 de 2e génération à dose simple, plutôt le soir. Palier 2 : jusqu’à 4 fois la dose (2 le matin, 2 le soir), hors AMM, puis diminution jusqu’à la dose minimale efficace.
- Palier 3 : échec de la quadruple dose → spécialiste (omalizumab, ou ciclosporine).
- Pas de corticoïde par voie générale dans l’urticaire chronique ; les AINS peuvent aggraver les poussées.
- Angio-œdème sans urticaire, surtout sous IEC : penser à l’angio-œdème bradykinique, qui ne répond pas aux antihistaminiques.
Anaphylaxie : adrénaline IM sans attendre
- Gêne respiratoire, sifflement, voix rauque, gêne pour avaler, gonflement de la langue ou de la gorge
- Malaise, hypotension, pâleur, perte de connaissance
- Vomissements, douleurs abdominales, diarrhée associés à l’urticaire après une exposition (aliment, médicament, piqûre)
- Réaction rapide après une piqûre d’hyménoptère (abeille, guêpe) ou un médicament
Reconnaître l’urticaire
| Forme | Définition | Conduite |
|---|---|---|
| Urticaire aiguë | Moins de 6 semaines, souvent épisode unique | Aucun examen ; cause virale, médicament, aliment |
| Urticaire chronique spontanée | Poussées quasi quotidiennes depuis au moins 6 semaines, sans déclencheur | Anti-H1 par paliers ; bilan minimal ou aucun |
| Urticaire inductible | Déclenchée par un stimulus physique | Tests physiques, éviction du déclencheur |
| Angio-œdème histaminique | Gonflement profond, avec ou sans urticaire | Comme l’urticaire ; anaphylaxie si atteinte respiratoire |
| Angio-œdème bradykinique | Gonflement isolé, sans urticaire ; IEC, forme héréditaire | Antihistaminiques inefficaces ; avis spécialisé |
- Les plaques sont fugaces (chacune disparaît en moins de 24 heures), migratrices et prurigineuses ; des lésions peu prurigineuses, fixes plusieurs jours, évoquent une vascularite urticarienne.
- Diagnostics différentiels : vascularite urticarienne, mastocytose (urticaire pigmentaire), angio-œdème bradykinique, maladies auto-inflammatoires.
- L’urticaire chronique n’est pas une maladie allergique : la recherche d’IgE spécifiques n’est pas indiquée (HAS).
Traitement de l’urticaire
| Palier (SFD) | Traitement | Qui ? |
|---|---|---|
| 1 | Anti-H1 de 2e génération, dose simple (AMM), le soir | Médecin généraliste |
| 2 | Même anti-H1 jusqu’à 4 doses par jour (2 matin, 2 soir), puis diminution | Médecin généraliste (hors AMM) |
| 3 | Omalizumab 300 mg/4 semaines ou ciclosporine, avec la quadruple dose | Dermatologue, allergologue |
- Anti-H1 de 2e génération : cétirizine 10 mg, lévocétirizine 5 mg, desloratadine 5 mg, fexofénadine, bilastine, rupatadine… ; anti-H1 de 1re génération (sédatifs) à éviter en première intention.
- Corticoïdes généraux : non recommandés dans l’urticaire chronique (corticodépendance, rebond).
- Non recommandés dans l’urticaire chronique : anti-H2, montélukast, autres immunosuppresseurs, régimes d’éviction systématiques. Un régime ciblé de 3 semaines peut être testé si le patient a identifié un aliment.
- Grossesse : cétirizine, lévocétirizine, desloratadine en première intention.
Ordonnances types pour l’urticaire
Antihistaminique, 1 semaine
- Desloratadine 5 mg, comprimé (ou cétirizine 10 mg) : 1 comprimé par jour, de préférence le soir, pendant 7 jours.
Desloratadine (enfant)
- Desloratadine 0,5 mg/mL, solution buvable : Une fois par jour pendant 7 jours : 2,5 mL (1,25 mg) de 1 à 5 ans ; 5 mL (2,5 mg) de 6 à 11 ans ; 10 mL (5 mg) à partir de 12 ans.
Palier 1 : dose simple
- Cétirizine 10 mg, comprimé (ou desloratadine 5 mg, ou lévocétirizine 5 mg) : 1 comprimé le soir, tous les jours, pendant au moins 4 à 8 semaines, puis réévaluation.
Palier 2 : quadruple dose (hors AMM)
- Cétirizine 10 mg, comprimé (ou lévocétirizine 5 mg) : 2 comprimés le matin et 2 comprimés le soir, puis, après disparition des poussées, diminuer d’un comprimé par paliers jusqu’à la dose minimale efficace.
Bilan minimal (facultatif)
- Hémogramme, vitesse de sédimentation, protéine C réactive : Urticaire chronique spontanée.
- Anticorps anti-thyroperoxydase (selon le contexte) : Urticaire chronique spontanée.
Adrénaline auto-injectable (adulte, plus de 30 kg)
- Adrénaline 0,30 mg, solution injectable en stylo prérempli : 2 stylos. En cas de réaction allergique grave : 1 injection intramusculaire dans la face externe de la cuisse, à travers les vêtements si besoin, puis appeler le 15. Seconde injection 5 à 15 minutes plus tard si pas d’amélioration.
Adrénaline auto-injectable (enfant de 15 à 30 kg)
- Adrénaline 0,15 mg, solution injectable en stylo prérempli : 2 stylos. En cas de réaction allergique grave : 1 injection intramusculaire dans la face externe de la cuisse, puis appeler le 15. Seconde injection 5 à 15 minutes plus tard si pas d’amélioration.
Conseils au patient : urticaire
- L’urticaire n’est pas contagieuse ; les plaques bougent et disparaissent en quelques heures.
- Évitez les anti-inflammatoires (ibuprofène, aspirine), qui peuvent déclencher ou aggraver les poussées.
- Dans l’urticaire chronique, prenez l’antihistaminique tous les jours, même sans plaques, le temps prescrit.
- Un régime alimentaire ou des tests d’allergie ne sont pas utiles dans l’urticaire chronique.
- Appelez le 15 en cas de gêne pour respirer ou avaler, de voix modifiée, de gonflement de la langue, de malaise : utilisez votre stylo d’adrénaline si vous en avez un.
Questions fréquentes sur l’urticaire
Quel traitement pour une urticaire aiguë ?
Un antihistaminique de 2e génération (cétirizine, desloratadine…) pendant environ une semaine, et l’arrêt d’un éventuel médicament suspect. Aucun examen n’est nécessaire : l’urticaire aiguë est le plus souvent due à une infection virale et guérit rapidement.
Quand parle-t-on d’urticaire chronique ?
Quand les poussées surviennent tous les jours ou presque depuis au moins 6 semaines. L’urticaire chronique spontanée n’est pas une allergie et dure souvent 1 à 4 ans.
Peut-on augmenter la dose d’antihistaminique ?
Oui : en cas d’échec de la dose habituelle, la SFD recommande d’augmenter jusqu’à 4 comprimés par jour (2 le matin, 2 le soir), hors AMM, puis de diminuer progressivement après disparition des poussées.
Faut-il faire des tests d’allergie pour une urticaire chronique ?
Non : la recherche d’IgE spécifiques n’est pas indiquée dans l’urticaire chronique, qui n’est pas une maladie allergique. Un bilan minimal (NFS, VS, CRP, parfois anticorps antithyroïdiens) est discuté selon les experts.
Les corticoïdes sont-ils utiles dans l’urticaire ?
Ils ne sont pas recommandés dans l’urticaire chronique : ils exposent à une corticodépendance et à un rebond. Dans l’urticaire aiguë, ils n’ont que de rares indications.
Comment reconnaître une anaphylaxie ?
Par l’association à l’urticaire ou à un gonflement de signes respiratoires (gêne, sifflement, voix rauque), d’un malaise ou d’une chute de tension, ou de troubles digestifs après une exposition. Il faut injecter de l’adrénaline dans la cuisse sans attendre et appeler le 15.
Quelle dose d’adrénaline en cas d’anaphylaxie ?
0,01 mg/kg en intramusculaire ; en pratique, un auto-injecteur de 0,15 mg entre 15 et 30 kg et de 0,30 mg au-delà de 30 kg, avec une seconde injection 5 à 15 minutes plus tard si besoin.
Un gonflement du visage sous IEC, est-ce une allergie ?
Pas forcément : un angio-œdème isolé sous IEC est souvent d’origine bradykinique. Il ne répond pas aux antihistaminiques, impose l’arrêt définitif de l’IEC et une prise en charge urgente en cas d’atteinte de la gorge.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : urticaire aiguë superficielle
- Ordonnance type : urticaire chronique spontanée de l’adulte
- Ordonnance type : prurit intense
- Conduite à tenir : dermatite atopique
Sources et recommandations
- SFD — Centre de preuves en dermatologie : recommandations urticaire chronique spontanée (adulte, enfant, femme enceinte) (Mise à jour janvier 2026)
- CEDEF — Collège des enseignants en dermatologie de France : cours « Urticaire » (UNF3S) (Support de cours)
- HAS — Allergie et immunologie : 5 messages pour améliorer votre pratique (urticaire chronique, anaphylaxie) (Mars 2018)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP de la desloratadine et des auto-injecteurs d’adrénaline (Consulté en octobre 2026)