Mésusage d’alcool : conduite à tenir
Repérage (FACE), réduction, sevrage, rechute · Addictologie, Prévention · Sources : SFA 2023, HAS 2023
L’essentiel
- Repérer tous les usages, régulièrement ; repères : 2 verres standard par jour au maximum, au moins 2 jours sans alcool, soit 10 verres par semaine au maximum ; pas d’alcool pendant la grossesse.
- Outils : FACE (5 questions, en entretien) ou AUDIT-C (auto-questionnaire, positif si > 4 chez l’homme, > 3 chez la femme). Intervention brève en cas d’usage à risque (grade A).
- Objectif choisi avec le patient : abstinence (préférable si dépendance sévère ou comorbidités importantes) ou réduction ; toute réduction durable est un résultat positif.
- Sevrage ambulatoire à privilégier ; résidentiel si delirium ou convulsions (actuels ou antérieurs), ou forte consommation associée de benzodiazépines ou d’autres substances.
- Le sevrage ne requiert souvent pas de médicament si l’évaluation clinique est soigneuse et régulière (grade B) ; sinon benzodiazépine en première intention (grade A), diazépam, dégressif, une semaine au maximum.
- Vitamine B1 systématique au début du sevrage (500 mg/j 5 jours puis 250 mg/j environ 2 semaines) ; hydratation d’environ 2 litres par jour, sans excès.
- Prévention de la rechute : acamprosate ou naltrexone en 1re intention, disulfirame en 2e intention, toujours avec un accompagnement psychosocial (grade A).
- Réduction chez le patient dépendant : nalméfène à la demande ; baclofène en 2e intention. Les benzodiazépines n’ont aucune place dans le maintien de l’abstinence.
Sevrage compliqué : urgence
- Confusion, désorientation, hallucinations : delirium tremens (hospitalisation impérative)
- Convulsions de sevrage (éliminer une autre cause), hyperthermie, sueurs et tachycardie majeures
- Confusion, troubles de la marche ou des mouvements des yeux : encéphalopathie de Gayet-Wernicke (vitamine B1 à forte dose par voie parentérale)
- Vomissements empêchant la voie orale, idées suicidaires, traumatisme crânien
Questionnaire FACE : évaluer la consommation d’alcool
Adulte, en entretien. Seuils différents selon le sexe : risque faible si moins de 5 chez l’homme, moins de 4 chez la femme.
- 1. À quelle fréquence consommez-vous des boissons contenant de l’alcool ? : Jamais (0), 1 fois par mois ou moins (1), 2 à 4 fois par mois (2), 2 à 3 fois par semaine (3), 4 fois par semaine ou plus (4)
- 2. Combien de verres standard buvez-vous les jours où vous buvez de l’alcool ? : 1 ou 2 (0), 3 ou 4 (1), 5 ou 6 (2), 7 à 9 (3), 10 ou plus (4)
- 3. Votre entourage vous a-t-il fait des remarques sur votre consommation d’alcool ? : Non (0), Oui (4)
- 4. Vous est-il arrivé de consommer de l’alcool le matin pour vous sentir en forme ? : Non (0), Oui (4)
- 5. Vous est-il arrivé de boire et de ne plus vous souvenir le matin de ce que vous avez pu dire ou faire ? : Non (0), Oui (4)
- 0 à 3 : risque faible ou nul : Renforcer les conduites favorables à la santé ; rappeler les repères de consommation.
- 4 : risque faible chez l’homme, consommation excessive probable chez la femme : Chez la femme : intervention brève. Chez l’homme : renforcer les conduites favorables à la santé.
- 5 à 8 : consommation excessive probable : Intervention brève : restituer le résultat, informer, proposer des objectifs et laisser le choix, réévaluer.
- Plus de 8 : dépendance probable : Évaluation addictologique, somatique, psychiatrique et sociale ; objectif d’abstinence ou de réduction ; consultation d’addictologie.
Repérer une consommation d’alcool à risque
| Repère de consommation (SPF-INCa 2017) | Au-delà : usage à risque |
|---|---|
| Verres standard par jour | Plus de 2 |
| Jours sans alcool par semaine | Moins de 2 |
| Verres standard par semaine | Plus de 10 |
| Alcoolisation ponctuelle importante | 6 verres ou plus en moins de 2 heures |
| 1 verre standard = 10 g d’alcool pur |
|---|
| 25 cl de bière à 5° |
| 10 cl de vin à 12° |
| 7 cl de vin cuit à 18° |
| 3 cl d’alcool à 40° (whisky, vodka) |
| 2,5 cl d’alcool à 45° (pastis) |
- Repérer tous les usages, de façon systématique et régulière (HAS 2023), et lors des moments de vie (grossesse, conduite, stress, retraite, deuil…).
- AUDIT-C : auto-questionnaire en 3 questions recommandé par l’OMS, positif si score > 4 chez l’homme et > 3 chez la femme ; FACE : questionnaire en entretien (ci-dessus).
- Le trouble de l’usage de l’alcool se définit par les critères DSM-5 (perte de contrôle, craving, poursuite malgré les conséquences…).
- Risque majoré : grossesse, moins de 25 ans, interactions médicamenteuses, maladies chroniques, sujet âgé, troubles psychiatriques, association au cannabis.
Sevrage et traitements médicamenteux
| Objectif | Traitement (SFA 2023) | Niveau |
|---|---|---|
| Sevrage | Pas de médicament si évaluation soigneuse et régulière ; sinon benzodiazépine (diazépam), 1 semaine | B ; A |
| Sevrage | Vitamine B1 systématique ; hydratation ≈ 2 L/j | Systématique |
| Sevrage | Non recommandés : baclofène, acamprosate, bêtabloquants ; pas d’antidépresseur | — |
| Prévention de la rechute | Acamprosate ou naltrexone (1re intention) ; disulfirame (2e) | AE ; A |
| Réduction (dépendants) | Nalméfène à la demande ; baclofène en 2e intention | A |
| Toujours | Accompagnement psychosocial associé | A |
- Syndrome de sevrage : anxiété, irritabilité, insomnie ; sueurs, tremblements, tachycardie, hypertension ; nausées, diarrhée ; jusqu’au 10e jour ; sans complication chez 95 % des personnes dépendantes.
- Facteurs de risque de complications : mésusage sévère, antécédents d’accidents de sevrage, polyaddiction, comorbidités.
- Hors sevrage, les benzodiazépines sont à éviter chez un patient qui a un mésusage d’alcool ; elles n’ont aucune indication dans le maintien de l’abstinence.
- Femme enceinte ou projet : acide folique 400 µg par jour.
Ordonnances types : alcool
Sevrage ambulatoire
- Diazépam 10 mg, comprimé : Exemple (SFA) : 2 à 4 comprimés par jour pendant 2 à 3 jours, puis réduction progressive en 4 à 7 jours jusqu’à l’arrêt. Autre schéma : 6 comprimés le 1er jour, puis 1 de moins chaque jour jusqu’à l’arrêt. À adapter aux symptômes.
Vitamine B1 (thiamine)
- Thiamine (vitamine B1) 250 mg, comprimé : 2 comprimés par jour (500 mg) pendant 5 jours, puis 1 comprimé par jour (250 mg) pendant environ 2 semaines.
Acamprosate
- Acamprosate 333 mg, comprimé gastro-résistant : Plus de 60 kg : 2 comprimés matin, midi et soir ; moins de 60 kg : 2 le matin, 1 le midi, 1 le soir ; à distance des repas ; durée recommandée 1 an.
Naltrexone
- Naltrexone 50 mg, comprimé : 1 comprimé par jour, chez un patient sevré depuis au moins 7 à 10 jours ; période initiale de 3 mois, prolongeable.
Disulfirame (2e intention)
- Disulfirame 500 mg, comprimé (Espéral) : 1 comprimé le matin au petit-déjeuner, après au moins 24 heures sans alcool.
Nalméfène
- Nalméfène 18 mg, comprimé (Selincro) : 1 comprimé les jours où il existe un risque de boire, de préférence 1 à 2 heures avant ; 1 comprimé par jour au maximum.
Baclofène (2e intention)
- Baclofène (Baclocur) 10 mg, comprimé : 15 à 20 mg par jour en 2 à 4 prises pendant 3 jours, puis augmentation de 10 mg tous les 3 à 4 jours selon l’efficacité et la tolérance.
Conseils au patient : réduire ou arrêter l’alcool
- Pour limiter les risques : pas plus de 2 verres par jour, au moins 2 jours sans alcool par semaine, pas plus de 10 verres par semaine.
- Un verre de vin, un demi de bière ou un whisky au bar contiennent la même quantité d’alcool.
- Notez chaque jour ce que vous buvez : c’est l’un des moyens les plus efficaces pour réduire.
- Si vous buvez beaucoup tous les jours ou tremblez le matin, n’arrêtez pas brutalement sans en parler à votre médecin.
- Pendant le sevrage, buvez de l’eau régulièrement, ne restez pas seul et ne conduisez pas.
- Une reprise de consommation n’est pas un échec. Alcool Info Service : 0 980 980 930 ; mouvements d’entraide.
Questions fréquentes sur l’alcool
À partir de combien de verres l’alcool devient-il à risque ?
Au-delà de 2 verres standard par jour, de 10 verres par semaine, ou sans au moins 2 jours sans alcool par semaine. Boire 6 verres ou plus en moins de 2 heures est une pratique à risque. Pendant la grossesse, il ne faut pas boire d’alcool.
Qu’est-ce que le questionnaire FACE ?
Un questionnaire de 5 questions utilisé par les soignants pour évaluer la consommation d’alcool. Un score de 5 à 8 chez l’homme ou de 4 à 8 chez la femme évoque une consommation excessive ; au-delà de 8, une dépendance est probable.
Faut-il un médicament pour un sevrage d’alcool ?
Pas toujours : selon la Société française d’alcoologie, le sevrage ne nécessite souvent pas de médicament si le patient est évalué soigneusement et régulièrement. Sinon, une benzodiazépine comme le diazépam est prescrite pendant une semaine au maximum, avec de la vitamine B1.
Peut-on faire un sevrage d’alcool à la maison ?
Oui, le sevrage ambulatoire est à privilégier. Il se fait à l’hôpital en cas de delirium ou de convulsions actuels ou passés, ou de forte consommation associée de benzodiazépines ou d’autres substances, et se discute en cas de maladie sévère, d’isolement, de précarité ou de grossesse.
Quels médicaments pour ne pas reboire après un sevrage ?
L’acamprosate et la naltrexone sont les traitements de première intention, le disulfirame (Espéral) en deuxième intention, toujours avec un accompagnement psychosocial. Ils sont arrêtés après 4 à 6 semaines si la consommation persiste.
Peut-on simplement réduire sa consommation d’alcool ?
Oui : la réduction est un objectif possible, choisi avec le patient, et toute réduction durable est bénéfique. Chez une personne dépendante, le nalméfène pris les jours à risque ou, en deuxième intention, le baclofène peuvent aider.
Pourquoi donner de la vitamine B1 pendant un sevrage ?
Parce que 30 à 80 % des personnes dépendantes de l’alcool ont une carence en vitamine B1, qui peut provoquer une encéphalopathie de Gayet-Wernicke. Elle est donc prescrite systématiquement au début du sevrage.
Quels signes doivent faire appeler le 15 pendant un sevrage ?
Une confusion, des hallucinations, une agitation importante, des convulsions, une forte fièvre, ou des vomissements empêchant de boire et de prendre le traitement.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : sevrage d’alcool, prévention du delirium tremens
- Conduite à tenir : sevrage tabagique
- Conduite à tenir : dépression de l’adulte
- Conduite à tenir : trouble anxieux généralisé
- Conduite à tenir : insomnie
Sources et recommandations
- SFA — Mésusage de l’alcool : dépistage, diagnostic et traitement (recommandation de bonne pratique, version actualisée) (Février 2015, actualisée le 5 juin 2023)
- HAS — Agir en premier recours pour diminuer le risque alcool : repérer tous les usages et accompagner chaque personne (guide) (Juillet 2023)
- HAS — Outil d’aide au repérage précoce et intervention brève : alcool, cannabis, tabac chez l’adulte (questionnaire FACE) (2014, mise à jour janvier 2021)
- ANSM — Base de données publique des médicaments : RCP d’Aotal, naltrexone, Espéral, Selincro, Baclocur, Valium, Bevitine (Consulté en octobre 2026)