Infection urinaire de l’enfant : guideline et conduite à tenir
Bandelette, ECBU, pyélonéphrite, cystite, doses au poids · Pédiatrie, Infectiologie, Néphrologie · Sources : GPIP 2023
L’essentiel
- Chez l’enfant fébrile, l’ECBU n’est pas systématique : il s’impose en cas de terrain à risque (nouveau-né, uropathie, neutropénie), de signes urinaires ou de fièvre inexpliquée depuis au moins 48 h.
- Bandelette urinaire d’abord : sans leucocytes ni nitrites, l’infection est très improbable (valeur prédictive négative > 90 %) et l’ECBU inutile, sauf nouveau-né, neutropénie ou sepsis.
- ECBU avant tout antibiotique, de préférence au jet ou par sondage ; la poche (50 à 60 % de contaminations) n’est acceptable que si la bandelette est franchement positive.
- Hospitalisation avant 3 mois, en cas de sepsis ou d’uropathie sévère connue.
- Pyélonéphrite après 3 mois : ceftriaxone 50 mg/kg/j IM ou IV (max 2 g/j) ou, chez l’enfant à bas risque, céfixime oral 8 mg/kg/j ; relais selon l’antibiogramme (cotrimoxazole, puis céfixime) ; 10 jours au total.
- Ni amoxicilline ni amoxicilline-acide clavulanique orales en traitement initial d’une pyélonéphrite ; éviter les quinolones.
- Cystite (surtout la fille de plus de 3 ans, sans fièvre) : ECBU puis amoxicilline-acide clavulanique 80 mg/kg/j en 2 prises, 5 jours ; adolescente pubère sans uropathie : fosfomycine 3 g en prise unique.
- Réévaluer à 48-72 h avec l’antibiogramme ; échographie des voies urinaires après une première pyélonéphrite ; ni cystographie ni antibioprophylaxie systématiques.
Hospitalisation ou avis aux urgences pédiatriques
- Âge inférieur à 3 mois (nouveau-né : toujours)
- Signes de sepsis : teint gris, hypotonie, troubles de la conscience, marbrures, tachycardie inexpliquée
- Vomissements empêchant le traitement oral, déshydratation
- Uropathie sévère connue, antécédent de pyélonéphrite à germe résistant (BLSE)
- Pas d’amélioration après 48 à 72 h d’un antibiotique adapté
Diagnostic de l’infection urinaire de l’enfant
Quand y penser : fièvre sans foyer chez le nourrisson, surtout si elle dure depuis 48 h ; signes urinaires ; terrain à risque (nouveau-né, uropathie, neutropénie). L’ECBU n’est pas systématique chez l’enfant fébrile.
| Bandelette urinaire | Prélèvement pour l’ECBU (GPIP 2015) |
|---|---|
| Leucocytes ++ ou +++ et nitrites + ou ++ | Au jet, ou poche à urines |
| Leucocytes ++ ou +++ sans nitrites, ou leucocytes + seuls, ou nitrites + seuls | Au jet, sondage ou ponction sus-pubienne (poche à éviter) |
| Ni leucocytes ni nitrites | Pas d’ECBU (sauf nouveau-né, neutropénie, sepsis) |
| Mode de recueil | Contaminations | Seuil de culture évocateur (consensus suisse) |
|---|---|---|
| Poche à urines | 50 à 60 % | Pas de seuil fiable ; à n’utiliser que si la bandelette est franchement positive, poche laissée 15 à 30 min au plus, urine analysée sans délai |
| Au jet (milieu de miction) | 25 % | Un seul germe ≥ 10⁵ UFC/mL |
| Sondage | 10 % | Un seul germe ≥ 10⁴ UFC/mL (10³ à 10⁴ peuvent suffire avant 3 mois) |
| Ponction sus-pubienne | 1 % | Toute culture positive |
- Deux germes ou plus évoquent une contamination.
- Débuté trop tôt, l’antibiotique stérilise les urines et empêche le diagnostic : prélever d’abord.
- Hémocultures avant traitement dans les formes sévères et chez l’enfant à risque (moins de 3 mois, uropathie).
- Le calculateur de l’université de Pittsburgh UTICalc aide à décider de l’ECBU chez le nourrisson fébrile.
Traitement de la pyélonéphrite de l’enfant
| Situation | Traitement initial | Relais oral (selon l’antibiogramme) | Durée totale |
|---|---|---|---|
| Moins de 3 mois, sepsis, uropathie sévère | Hospitalisation : céfotaxime 150 mg/kg/j IV en 3 injections (max 6 g/j) ou ceftriaxone ; amikacine si allergie | Selon l’antibiogramme | 10 jours |
| Après 3 mois, ambulatoire | Ceftriaxone 50 mg/kg/j IM ou IV (max 2 g/j) ou amikacine 20 à 30 mg/kg/j IV (max 1 g/j) | 1) Cotrimoxazole 30 mg/kg/j en 2 prises ; 2) Céfixime 8 mg/kg/j en 2 prises | 10 jours |
| Après 3 mois, bas risque | Céfixime 8 mg/kg/j en 2 prises (max 400 mg/j) | Idem | 10 jours |
- Amoxicilline et amoxicilline-acide clavulanique orales en traitement initial : paramètres pharmacocinétiques insuffisants, même sur un E. coli sensible.
- Quinolones en traitement initial ou de relais, autant que possible.
- E. coli producteur de BLSE (7 à 10 % en pédiatrie) : amikacine en 1re intention ; relais par cotrimoxazole si sensible, sinon après avis (céfixime associé à l’amoxicilline-acide clavulanique selon tests).
- Ceftriaxone : 50 mg/kg/j en 1 prise, sans dépasser 2000 mg/j
- Céfixime : 8 mg/kg/j en 2 prises, sans dépasser 400 mg/j
- Sulfaméthoxazole-triméthoprime (dose en sulfaméthoxazole) : 30 mg/kg/j en 2 prises, sans dépasser 1600 mg/j
- Paracétamol : 60 mg/kg/j en 4 prises, sans dépasser 4000 mg/j
Traitement de la cystite de l’enfant
| Situation | Traitement | Durée |
|---|---|---|
| Cystite (ECBU fait) | Amoxicilline-acide clavulanique 80 mg/kg/j en 2 prises (max 3 g/j) | 5 jours |
| Adolescente pubère sans uropathie | Fosfomycine-trométamol 3 g | Prise unique |
| Allergie | Cotrimoxazole 30 mg/kg/j en 2 prises (max 1,6 g/j) ou céfixime 8 mg/kg/j en 2 prises (max 400 mg/j) | 5 jours |
La cystite touche surtout la fille après 3 ans ; elle ne donne ni fièvre ni syndrome inflammatoire et n’expose pas aux cicatrices rénales. Une souche peut être sensible à l’amoxicilline-acide clavulanique pour une cystite et résistante pour une pyélonéphrite : les seuils diffèrent.
- Amoxicilline-acide clavulanique (dose en amoxicilline) : 80 mg/kg/j en 2 prises, sans dépasser 3000 mg/j
- Sulfaméthoxazole-triméthoprime (dose en sulfaméthoxazole) : 30 mg/kg/j en 2 prises, sans dépasser 1600 mg/j
- Céfixime : 8 mg/kg/j en 2 prises, sans dépasser 400 mg/j
Suivi, échographie et récidives
- Réévaluation à 48-72 h : apyrexie, résultat de l’ECBU, adaptation au spectre le plus étroit. ECBU stérile : arrêter l’antibiotique et revoir le diagnostic. Nouvelle évaluation seulement si la fièvre persiste ou si l’état ne s’améliore pas.
- Échographie des reins et des voies urinaires après une première pyélonéphrite, à distance de l’épisode ; pendant l’infection si l’évolution est atypique (sepsis, faible jet, masse, créatinine élevée, pas d’amélioration à 48 h) ou si l’infection récidive.
- Pas de cystographie rétrograde ni d’antibioprophylaxie après une première pyélonéphrite (GPIP), sauf situation particulière.
- Cystographie à discuter (consensus suisse) : anomalie ou dilatation à l’échographie (une dilatation pyélique isolée ≤ 10 mm ne suffit pas), faible jet, germe autre qu’E. coli, échec à 48 h, créatinine élevée, 2 pyélonéphrites ou plus.
- Constipation et troubles mictionnels (retenue, vidange incomplète) favorisent les récidives : les rechercher et les traiter.
Les recommandations françaises (GPIP 2015 et 2023) ne précisent pas le calendrier de l’échographie : il est repris du consensus suisse de 2021, qui recommande l’échographie après toute première pyélonéphrite, quel que soit l’âge.
Ordonnances types : infection urinaire de l’enfant
Pyélonéphrite à bas risque : céfixime oral
- ECBU avec antibiogramme : Avant la première prise d’antibiotique ; prélèvement au jet ou par sondage.
- Céfixime : 8 mg/kg/j en 2 prises (max 400 mg/j), matin et soir en attendant l’antibiogramme (10 jours de traitement au total, relais compris)
- Paracétamol : 60 mg/kg/j en 4 prises (max 4000 mg/j), toutes les 6 heures si fièvre mal tolérée ou douleur (4 prises par jour au maximum)
Pyélonéphrite : ceftriaxone en traitement initial
- ECBU avec antibiogramme : Avant la première injection ; prélèvement au jet ou par sondage.
- Ceftriaxone : 50 mg/kg/j en 1 prise (max 2000 mg/j), en 1 injection IM ou IV par jour pendant 2 à 4 jours, jusqu’à l’apyrexie et l’antibiogramme
- Soins infirmiers : Injection quotidienne de ceftriaxone, à domicile ou au cabinet.
- Paracétamol : 60 mg/kg/j en 4 prises (max 4000 mg/j), toutes les 6 heures si fièvre mal tolérée ou douleur (4 prises par jour au maximum)
Relais oral : cotrimoxazole (souche sensible)
- Sulfaméthoxazole-triméthoprime (dose en sulfaméthoxazole) : 30 mg/kg/j en 2 prises (max 1600 mg/j), matin et soir pour compléter 10 jours de traitement au total
Relais oral : céfixime (souche résistante au cotrimoxazole)
- Céfixime : 8 mg/kg/j en 2 prises (max 400 mg/j), matin et soir pour compléter 10 jours de traitement au total
Cystite de l’enfant : amoxicilline-acide clavulanique
- ECBU avec antibiogramme : Avant la première prise d’antibiotique.
- Amoxicilline-acide clavulanique (dose en amoxicilline) : 80 mg/kg/j en 2 prises (max 3000 mg/j), matin et soir, en début de repas pendant 5 jours
Cystite de l’enfant : allergie aux pénicillines
- ECBU avec antibiogramme : Avant la première prise d’antibiotique.
- Sulfaméthoxazole-triméthoprime (dose en sulfaméthoxazole) : 30 mg/kg/j en 2 prises (max 1600 mg/j), matin et soir pendant 5 jours
Cystite de l’adolescente pubère
- ECBU avec antibiogramme : Avant la prise.
- Fosfomycine-trométamol 3 g, granulés pour solution buvable en sachet : 1 sachet en une prise unique, à distance des repas, de préférence le soir au coucher après avoir uriné.
Conseils aux parents
- Donnez l’antibiotique à heures régulières et jusqu’au bout de la durée prescrite, même si la fièvre a disparu.
- Faites boire votre enfant régulièrement.
- Reconsultez si la fièvre persiste après 48 à 72 heures de traitement, si votre enfant vomit ses médicaments, s’il est abattu, gris ou difficile à réveiller.
- Encouragez-le à uriner régulièrement dans la journée, sans se retenir, et à bien vider sa vessie.
- Traitez la constipation : elle favorise les infections urinaires.
- Chez la fille, essuyez ou apprenez à s’essuyer d’avant en arrière.
Questions fréquentes sur l’infection urinaire de l’enfant
Faut-il faire un ECBU à tout enfant qui a de la fièvre ?
Non. On commence par une bandelette urinaire chez l’enfant à risque, qui a des signes urinaires ou une fièvre inexpliquée depuis au moins 48 heures. Sans leucocytes ni nitrites, l’infection urinaire est très improbable et l’ECBU inutile.
Peut-on faire l’ECBU avec une poche à urines ?
La poche est contaminée dans 50 à 60 % des cas. Elle n’est acceptable que si la bandelette est franchement positive (leucocytes et nitrites). Sinon, il faut un prélèvement au jet ou par sondage.
Quel antibiotique pour une pyélonéphrite de l’enfant ?
Après 3 mois, ceftriaxone 50 mg/kg/j en injection pendant 2 à 4 jours, ou céfixime oral 8 mg/kg/j chez l’enfant à bas risque, puis un relais oral adapté à l’antibiogramme, de préférence le cotrimoxazole. Avant 3 mois : hospitalisation.
Combien de temps traiter une infection urinaire de l’enfant ?
10 jours au total pour une pyélonéphrite, traitement initial et relais compris. 5 jours pour une cystite, et une prise unique de fosfomycine chez l’adolescente pubère.
Pourquoi pas d’amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin) pour une pyélonéphrite ?
Par voie orale, l’amoxicilline-acide clavulanique n’atteint pas des concentrations suffisantes dans le sang pour traiter une infection du rein, même sur un germe sensible. Elle reste le traitement de la cystite, où seules comptent les concentrations dans l’urine.
Faut-il une échographie après une infection urinaire ?
Après une première pyélonéphrite, oui : une échographie des reins et des voies urinaires, à distance de l’épisode, ou pendant l’infection si l’évolution est inhabituelle.
Faut-il une cystographie ou un antibiotique préventif ?
Pas après une première pyélonéphrite, sauf situation particulière. Ils se discutent en cas de récidive, d’anomalie à l’échographie ou de germe inhabituel.
Le céfixime peut-il être donné avant 6 mois ?
Son autorisation de mise sur le marché débute à 6 mois, mais le groupe de pathologie infectieuse pédiatrique ne relève pas de risque particulier avant cet âge. Le cotrimoxazole est contre-indiqué avant 1 mois.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : pyélonéphrite aiguë de l’enfant
- Ordonnance type : cystite de l’enfant de plus de 6 mois
- Ordonnance type : fièvre de l’enfant sans signe de gravité
- Conduite à tenir : constipation de l’enfant
- Conduite à tenir : cystite aiguë de la femme
- Conduite à tenir : pyélonéphrite aiguë de la femme
Sources et recommandations
- GPIP (Société française de pédiatrie) — Antibiothérapies curatives des infections urinaires de l’enfant (Infect Dis Now 2023 ; version française, J Pédiatr Puéric 2024) (2023-2024)
- GPIP · SFP · SPILF — Prise en charge des infections urinaires de l’enfant (Arch Pediatr 2015) (2015)
- Consensus suisse (infectiologie, néphrologie et urologie pédiatriques) — Swiss consensus recommendations on urinary tract infections in children (Eur J Pediatr 2021) (2021)
- Université de Pittsburgh — UTICalc, calculateur de risque d’infection urinaire du nourrisson fébrile