Infection urinaire de l’enfant : guideline et conduite à tenir

Bandelette, ECBU, pyélonéphrite, cystite, doses au poids · Pédiatrie, Infectiologie, Néphrologie · Sources : GPIP 2023

L’essentiel

Hospitalisation ou avis aux urgences pédiatriques

Diagnostic de l’infection urinaire de l’enfant

Quand y penser : fièvre sans foyer chez le nourrisson, surtout si elle dure depuis 48 h ; signes urinaires ; terrain à risque (nouveau-né, uropathie, neutropénie). L’ECBU n’est pas systématique chez l’enfant fébrile.

Bandelette urinairePrélèvement pour l’ECBU (GPIP 2015)
Leucocytes ++ ou +++ et nitrites + ou ++Au jet, ou poche à urines
Leucocytes ++ ou +++ sans nitrites, ou leucocytes + seuls, ou nitrites + seulsAu jet, sondage ou ponction sus-pubienne (poche à éviter)
Ni leucocytes ni nitritesPas d’ECBU (sauf nouveau-né, neutropénie, sepsis)
Mode de recueilContaminationsSeuil de culture évocateur (consensus suisse)
Poche à urines50 à 60 %Pas de seuil fiable ; à n’utiliser que si la bandelette est franchement positive, poche laissée 15 à 30 min au plus, urine analysée sans délai
Au jet (milieu de miction)25 %Un seul germe ≥ 10⁵ UFC/mL
Sondage10 %Un seul germe ≥ 10⁴ UFC/mL (10³ à 10⁴ peuvent suffire avant 3 mois)
Ponction sus-pubienne1 %Toute culture positive

Traitement de la pyélonéphrite de l’enfant

SituationTraitement initialRelais oral (selon l’antibiogramme)Durée totale
Moins de 3 mois, sepsis, uropathie sévèreHospitalisation : céfotaxime 150 mg/kg/j IV en 3 injections (max 6 g/j) ou ceftriaxone ; amikacine si allergieSelon l’antibiogramme10 jours
Après 3 mois, ambulatoireCeftriaxone 50 mg/kg/j IM ou IV (max 2 g/j) ou amikacine 20 à 30 mg/kg/j IV (max 1 g/j)1) Cotrimoxazole 30 mg/kg/j en 2 prises ; 2) Céfixime 8 mg/kg/j en 2 prises10 jours
Après 3 mois, bas risqueCéfixime 8 mg/kg/j en 2 prises (max 400 mg/j)Idem10 jours
Ce qu’il faut éviter
  • Amoxicilline et amoxicilline-acide clavulanique orales en traitement initial : paramètres pharmacocinétiques insuffisants, même sur un E. coli sensible.
  • Quinolones en traitement initial ou de relais, autant que possible.
  • E. coli producteur de BLSE (7 à 10 % en pédiatrie) : amikacine en 1re intention ; relais par cotrimoxazole si sensible, sinon après avis (céfixime associé à l’amoxicilline-acide clavulanique selon tests).

Traitement de la cystite de l’enfant

SituationTraitementDurée
Cystite (ECBU fait)Amoxicilline-acide clavulanique 80 mg/kg/j en 2 prises (max 3 g/j)5 jours
Adolescente pubère sans uropathieFosfomycine-trométamol 3 gPrise unique
AllergieCotrimoxazole 30 mg/kg/j en 2 prises (max 1,6 g/j) ou céfixime 8 mg/kg/j en 2 prises (max 400 mg/j)5 jours

La cystite touche surtout la fille après 3 ans ; elle ne donne ni fièvre ni syndrome inflammatoire et n’expose pas aux cicatrices rénales. Une souche peut être sensible à l’amoxicilline-acide clavulanique pour une cystite et résistante pour une pyélonéphrite : les seuils diffèrent.

Suivi, échographie et récidives

Sources de cette partie

Les recommandations françaises (GPIP 2015 et 2023) ne précisent pas le calendrier de l’échographie : il est repris du consensus suisse de 2021, qui recommande l’échographie après toute première pyélonéphrite, quel que soit l’âge.

Ordonnances types : infection urinaire de l’enfant

Pyélonéphrite à bas risque : céfixime oral

Pyélonéphrite : ceftriaxone en traitement initial

Relais oral : cotrimoxazole (souche sensible)

Relais oral : céfixime (souche résistante au cotrimoxazole)

Cystite de l’enfant : amoxicilline-acide clavulanique

Cystite de l’enfant : allergie aux pénicillines

Cystite de l’adolescente pubère

Conseils aux parents

Questions fréquentes sur l’infection urinaire de l’enfant

Faut-il faire un ECBU à tout enfant qui a de la fièvre ?

Non. On commence par une bandelette urinaire chez l’enfant à risque, qui a des signes urinaires ou une fièvre inexpliquée depuis au moins 48 heures. Sans leucocytes ni nitrites, l’infection urinaire est très improbable et l’ECBU inutile.

Peut-on faire l’ECBU avec une poche à urines ?

La poche est contaminée dans 50 à 60 % des cas. Elle n’est acceptable que si la bandelette est franchement positive (leucocytes et nitrites). Sinon, il faut un prélèvement au jet ou par sondage.

Quel antibiotique pour une pyélonéphrite de l’enfant ?

Après 3 mois, ceftriaxone 50 mg/kg/j en injection pendant 2 à 4 jours, ou céfixime oral 8 mg/kg/j chez l’enfant à bas risque, puis un relais oral adapté à l’antibiogramme, de préférence le cotrimoxazole. Avant 3 mois : hospitalisation.

Combien de temps traiter une infection urinaire de l’enfant ?

10 jours au total pour une pyélonéphrite, traitement initial et relais compris. 5 jours pour une cystite, et une prise unique de fosfomycine chez l’adolescente pubère.

Pourquoi pas d’amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin) pour une pyélonéphrite ?

Par voie orale, l’amoxicilline-acide clavulanique n’atteint pas des concentrations suffisantes dans le sang pour traiter une infection du rein, même sur un germe sensible. Elle reste le traitement de la cystite, où seules comptent les concentrations dans l’urine.

Faut-il une échographie après une infection urinaire ?

Après une première pyélonéphrite, oui : une échographie des reins et des voies urinaires, à distance de l’épisode, ou pendant l’infection si l’évolution est inhabituelle.

Faut-il une cystographie ou un antibiotique préventif ?

Pas après une première pyélonéphrite, sauf situation particulière. Ils se discutent en cas de récidive, d’anomalie à l’échographie ou de germe inhabituel.

Le céfixime peut-il être donné avant 6 mois ?

Son autorisation de mise sur le marché débute à 6 mois, mais le groupe de pathologie infectieuse pédiatrique ne relève pas de risque particulier avant cet âge. Le cotrimoxazole est contre-indiqué avant 1 mois.

Voir aussi sur ordonnance.net

Sources et recommandations

  1. GPIP (Société française de pédiatrie) — Antibiothérapies curatives des infections urinaires de l’enfant (Infect Dis Now 2023 ; version française, J Pédiatr Puéric 2024) (2023-2024)
  2. GPIP · SFP · SPILF — Prise en charge des infections urinaires de l’enfant (Arch Pediatr 2015) (2015)
  3. Consensus suisse (infectiologie, néphrologie et urologie pédiatriques) — Swiss consensus recommendations on urinary tract infections in children (Eur J Pediatr 2021) (2021)
  4. Université de Pittsburgh — UTICalc, calculateur de risque d’infection urinaire du nourrisson fébrile