Tendinopathies : conduite à tenir
Épaule (coiffe des rotateurs), coude, tendon d’Achille · Rhumatologie, Médecine du sport, Traumatologie · Sources : HAS 2023, Lancet 2010
L’essentiel
- Douleur d’un tendon déclenchée par l’effort ou certains mouvements, sans traumatisme majeur ; évolution le plus souvent favorable en quelques semaines à quelques mois.
- Épaule (HAS 2023) : pas d’immobilisation, poursuite des activités tolérables et du travail selon les contraintes ; paracétamol ± palier 2 ; AINS en cure courte en cas de douleur aiguë.
- Radiographies de l’épaule seulement si pas d’amélioration après 4 à 6 semaines (face en 3 rotations + profil de Lamy) ; échographie ou IRM selon la réévaluation, après échec de la kinésithérapie et de l’infiltration.
- Deuxième intention : kinésithérapie active (recentrage, renforcement, auto-rééducation), amélioration attendue en 6 semaines à 3 mois ; infiltration sub-acromiale de corticoïde (2 au plus, espacées d’au moins 3 semaines, après radiographies).
- Acide hyaluronique et PRP : efficacité non démontrée dans l’épaule ; chirurgie seulement après échec d’une prise en charge médicale bien conduite (tendinopathie non rompue).
- Coude et tendons en général : l’infiltration de corticoïde soulage à court terme, mais l’effet s’inverse à moyen et long terme dans l’épicondylite (Lancet 2010) : à éviter en routine.
- Ne jamais infiltrer dans un tendon (risque de rupture), en particulier le tendon d’Achille.
- Rechercher une prise de fluoroquinolone (ciprofloxacine, lévofloxacine…) : risque de tendinopathie et de rupture du tendon d’Achille, surtout avec des corticoïdes : arrêter l’antibiotique.
Penser à une autre cause
- Traumatisme avec impotence brutale, déficit de force (rupture de coiffe), « coup de fouet » au mollet avec difficulté à marcher (rupture du tendon d’Achille)
- Épaule raide (mobilité passive limitée) : capsulite, arthrose ; douleur hyperalgique nocturne : calcification en résorption
- Fièvre, rougeur, articulation chaude : arthrite septique ou microcristalline
- Douleur d’épaule irradiée, signes neurologiques, douleur thoracique ou cervicale : cause cervicale, cardiaque ou viscérale
Épaule douloureuse : la stratégie HAS 2023
| Étape | Prise en charge |
|---|---|
| 1re intention | Conseils, pas d’immobilisation, activités tolérables ; paracétamol ± palier 2 ; AINS en cure courte si douleur aiguë |
| Après 4 à 6 semaines sans amélioration | Radiographies (face 3 rotations + profil de Lamy) |
| 2e intention | Kinésithérapie active (6 semaines à 3 mois) ; infiltration sub-acromiale de corticoïde (2 au plus, à 3 semaines d’intervalle) |
| Échec | Échographie (ou IRM) ; spécialiste de l’épaule |
| Non recommandé | Acide hyaluronique, PRP ; chirurgie d’emblée d’une tendinopathie non rompue |
| Orientation clinique | Causes |
|---|---|
| Mobilité active douloureuse, passive conservée | Syndrome sub-acromial (tendinopathie, bursite, calcification, rupture), arthropathie acromio-claviculaire |
| Mobilité passive limitée (épaule raide) | Capsulite rétractile, omarthrose, arthropathie inflammatoire |
| Épaule instable | Post-traumatique, hyperlaxité |
Infiltrations et fluoroquinolones : précautions
- Les infiltrations de corticoïdes réduisent la douleur à court terme, mais dans l’épicondylite cet effet s’inverse à moyen et long terme (revue de 41 essais, Lancet 2010).
- Épaule : infiltration sub-acromiale possible en 2e intention (HAS), sous antiagrégant ou AVK (INR < 3) ; anticoagulant oral direct : suspendre 24 h avant, reprendre 6 h après, en lien avec le prescripteur.
- Jamais d’injection intratendineuse (risque de rupture, RCP des corticoïdes injectables).
- Fluoroquinolones : tendinopathies et ruptures (tendon d’Achille surtout), effets parfois durables ; association aux corticoïdes à éviter ; contre-indiquées après une tendinopathie sous fluoroquinolone (ANSM).
Ordonnances types : tendinopathies
Antalgiques et AINS
- Paracétamol 1 g, comprimé : 1 comprimé jusqu’à 3 fois par jour si douleur, 6 heures au moins entre les prises.
- Ibuprofène 400 mg, comprimé : Si douleur aiguë : 1 comprimé 3 fois par jour au cours des repas, pendant 5 à 7 jours au maximum.
Kinésithérapie : épaule
- Kinésithérapie : « Bilan-diagnostic kinésithérapique et rééducation de l’épaule (tendinopathie de la coiffe des rotateurs) : recentrage actif, renforcement progressif, auto-rééducation », nombre de séances à adapter.
Kinésithérapie : coude
- Kinésithérapie : « Bilan-diagnostic kinésithérapique et rééducation du coude (épicondylite latérale) : exercices progressifs, auto-rééducation ».
Kinésithérapie : tendon d’Achille
- Kinésithérapie : « Bilan-diagnostic kinésithérapique et rééducation de la tendinopathie d’Achille : mise en charge progressive du tendon, auto-rééducation ».
Conseils : tendinite
- Ne mettez pas votre bras ou votre jambe au repos complet : continuez les gestes qui ne font pas mal.
- Réduisez temporairement les gestes ou les charges qui déclenchent la douleur, puis reprenez progressivement.
- Faites régulièrement les exercices appris avec le kinésithérapeute : ils sont la clé de la guérison.
- Signalez tout antibiotique de la famille des fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine, ofloxacine…).
- Au travail, parlez de vos gestes répétitifs avec le médecin du travail.
- Consultez rapidement en cas de douleur brutale avec perte de force, ou de « coup » ressenti à l’arrière du mollet.
Questions fréquentes sur les tendinites
Faut-il immobiliser une épaule douloureuse ?
Non. La HAS (2023) recommande de ne pas immobiliser l’épaule et de poursuivre les activités tolérables, en adaptant les gestes et le travail selon la douleur.
Quand faire une radiographie pour une épaule douloureuse ?
Si la douleur ne s’améliore pas après 4 à 6 semaines, avec ou sans traitement : la plupart des épaules douloureuses guérissent dans ce délai. L’échographie ou l’IRM ne viennent qu’après échec de la kinésithérapie et d’une infiltration.
Une infiltration est-elle efficace pour une tendinite ?
Elle soulage à court terme. Pour l’épaule, la HAS la propose en deuxième intention (deux au maximum). Pour le coude (épicondylite), les études montrent une moins bonne évolution à moyen et long terme : elle est à éviter en routine. On ne l’utilise jamais pour le tendon d’Achille.
Combien de temps dure une tendinite ?
Souvent quelques semaines ; avec la kinésithérapie, une amélioration est attendue en 6 semaines à 3 mois pour l’épaule. Certaines épicondylites durent plusieurs mois mais finissent généralement par guérir.
Les injections de PRP ou d’acide hyaluronique sont-elles utiles ?
Pour l’épaule, la HAS indique qu’elles n’ont pas démontré leur efficacité dans le syndrome douloureux sub-acromial.
Faut-il opérer une tendinite de l’épaule ?
Pour une tendinopathie non rompue, la chirurgie n’a pas démontré son intérêt et ne se discute qu’après échec d’un traitement médical et de rééducation bien conduits.
Les antibiotiques peuvent-ils provoquer une tendinite ?
Oui, les fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine…) peuvent provoquer des tendinites et des ruptures, surtout du tendon d’Achille et en association avec des corticoïdes. Il faut arrêter le traitement et consulter.
Comment reconnaître une rupture du tendon d’Achille ?
Par une douleur brutale à l’arrière de la cheville, souvent décrite comme un coup reçu, avec difficulté à marcher et à se mettre sur la pointe des pieds. Il faut consulter rapidement.
Voir aussi sur ordonnance.net
- Ordonnance type : tendinite de l’épaule (coiffe des rotateurs)
- Ordonnance type : épicondylite latérale (tennis elbow)
- Ordonnance type : tendinopathie du tendon d’Achille
- Ordonnance type : bursite aseptique aiguë
- Conduite à tenir : entorse de la cheville
- Conduite à tenir : gonarthrose
Sources et recommandations
- HAS — Prise en charge des tendinopathies de la coiffe des rotateurs (fiche) (Août 2023, mise à jour janvier 2024)
- HAS — Conduite diagnostique devant une épaule douloureuse non traumatique de l’adulte et prise en charge des tendinopathies de la coiffe des rotateurs (Août 2023)
- The Lancet — Efficacy and safety of corticosteroid injections and other injections for management of tendinopathy : a systematic review (Coombes BK et al.) (2010)
- ANSM — Fluoroquinolones : effets indésirables graves, dont tendinopathies et ruptures tendineuses (Consulté en octobre 2026)